Allocution prononc� par Fidel Castro Ruz, pr�sident du Conseil d'Etat et du Conseil des ministres de la R�publique de Cuba, au meeting de solidarit� avec Cuba effectu� � l'�glise de Riverside (Harlem), � New York, le 8 septembre 2000.
Ch�res soeurs et chers fr�res du Comit� d'accueil;
Ch�res soeurs et chers fr�res pr�sents dans cette �glise;
Ch�res soeurs et chers fr�res r�unis dans la salle attenante;
Ch�res soeurs et chers fr�res qui m'�coutez dans la rue, parce que vous n'avez pas pu entrer,
Vous avez �t� extr�mement g�n�reux et aimables avec moi.
Quand les orateurs qui m'ont pr�c�d� r�pondaient aux questions que vous posiez au sujet de nos efforts en faveur de nos enfants et de tout notre peuple, ainsi que des efforts que nous avons consentis pour d'autres enfants et d'autres peuples de diff�rentes r�gions du monde - des choses dont nous nous ne souvenons jamais et que nous n'avons pas � mentionner - une id�e m'est venue � l'esprit. Je me suis dit : "Quelle terrible violation des droits de l'homme commettons-nous l� !" (Applaudissements et exclamations) Pensant � l'argument qu'escriment ceux qui pr�tendent justifier par l� un blocus et une guerre �conomique de plus de quarante ans contre notre pays.
Quand vous chantiez Happy Birthday, je me suis souvenu de bien des choses et j'ai pens� qu'il aurait peut-�tre mieux valu chanter : Happy good luck, Fidel.
Si j'ai atteint l'�ge que j'ai, c'est sans doute par miracle (applaudissements et exclamations), et non parce que j'ai combattu quelques ann�es contre la tyrannie dans mon pays et que j'ai particip� � diff�rentes actions de guerre, mais � cause de tout ce qui est arriv� ensuite apr�s la victoire de la R�volution. A bon entendeur, salut (applaudissements). Et vous n'�tes pas seulement de bons entendeurs, mais encore de tr�s nobles et de tr�s intelligents entendeurs.
En venant ici, je me souvenais de mes quatre visites aux Nations Unies. La premi�re fois, on m'a expuls� d'un h�tel aux abords du si�ge. Et je me suis retrouv� devant l'alternative suivante : soit camper dans la cour des Nations Unies - et �a ne me semblait pas quelque chose de tr�s difficile en tant que gu�rillo frais d�barqu� des montagnes (applaudissements) ou aller � Harlem, dont l'un des h�tels m'avait invit� (applaudissements). Et j'ai choisi tout de suite : "Je vais � Harlem, o� se trouvent mes meilleur amis" (applaudissements et exclamations).
[On lui crie du public : "Ma maison est la tienne !" (Applaudissements.)]
Merci beaucoup. C'est ce que me disaient bien des riches qui vivaient dans des demeures luxueuses tout au d�but de la R�volution. Ils accrochaient des �criteaux de ce genre au dehors. Mais quand nous avons commenc� � faire quelque chose pour les pauvres, ils les ont retir�s pour toujours (applaudissements). Mais je per�ois chez toi la g�n�rosit� des petites gens.
Quand je suis revenu en 1979, je ne me rappelle plus tr�s bien ce que j'ai fait, tout ce que je sais, c'est que j'ai parl� au nom de tous les pays pauvres du monde. La troisi�me fois, je suis all� de nouveau � Harlem, et pas seulement � Harlem, mais aussi au Bronx (applaudissements), comme vous l'avez rappel� ce soir.
Cette fois-ci, j'ai l'honneur d'�tre invit� ici, qu'on appelle Riverside. C'est bien, �a, n'est-ce pas ? (On lui dit : Oui.) Mais je ne suis pas seulement "au bord du fleuve", (rires), je suis aussi au beau milieu d'un fleuve, le fleuve de la plus saine et de la plus noble amiti� (applaudissements).
Vous comprenez bien que ce n'est pas facile pour moi de venir � New York, et ce ne sont pas les preuves qui manquent. Et ce voyage-ci n'�tait pas plus facile que les autres, et beaucoup de nos compatriotes �taient inquiets. Nous vivons une p�riode sp�ciale - et je ne parle pas de la P�riode sp�ciale que nous avons instaur� � Cuba � cause du double blocus auquel nous sommes soumis - je parle de la p�riode sp�ciale que repr�sentent les �lections pr�sidentielles d'ici (applaudissements), sans parler des nombreuses menaces de toute sorte, entre autres m'assassiner ou m'envoyer dans une prison nord-am�ricaine.
Mais il s'agissait d'une r�union tr�s importante. On l'a baptis�e le Sommet du mill�naire, mais nous commen�ons en fait un mill�naire bien incertain. Bien mieux, ceux d'entre nous qui consid�rons que le XXe si�cle conclut le 31 d�cembre, nous pouvons dire que l'humanit� est sur le point d'entrer dans le XXIe si�cle dans des conditions extr�mements dures et extr�mement inqui�tantes. Je ne pouvais absolument pas ne pas venir ici, et je me suis senti tr�s heureux, croyez-moi, quand j'ai pris l'avion au terme de d�marches tr�s compliqu�es pour obtenir un visa.
Le compa�ero Alarc�n, vous le savez, est venu avec nous (applaudissements et exclamations). Il devait assister � une conf�rence des pr�sidents d'assembl�e nationale ou de parlement de tous les pays du monde, il avait demand� un visa au moins un mois � l'avance, qui lui a �t� refus�, et on ne lui en d�livr� un - car il venait dans la d�l�gation cubaine au Sommet - en m�me temps que la mienne � peine vingt-quatre ou quarante-huit heures avant. Je dois d'ailleurs reconna�tre que j'ai �t� tr�s bien trait� � tout moment, et que le personnel de s�curit� nord-am�ricain l'a fait avec amabilit� et avec une grande efficacit�, et je dois le reconna�tre (applaudissements).
Chacun avait cinq minutes de temps de parole au Sommet. C'est vraiment tr�s peu pour les probl�mes encyclop�diques, ou plut�t pour la liste encyclop�dique de probl�mes � aborder, mais j'ai fait l'effort et mon discours a dur� sept minutes et trois secondes (applaudissements), et j'ai �t� de ceux qui ont parl� le moins longtemps.
C'est avec cet entra�nement que je viens ici ce soir (exclamations), mais je sais que vous me conc�dez plus de sept minutes trois secondes (applaudissements et exclamations).
J'ai mis un mouchoir sur des petites ampoules qui indiquaient le temps de parole, et pour deux raisons : la premi�re, en guise de protestation contre le fait qu'on soumette des chefs d'�tat ou de gouvernement � cette torture d'une ampoule jaune et ensuite d'une ampoule rouge qui s'allume pour vous avertir que vos cinq minutes sont pass�es - ce n'est pas grave, mais c'est humiliant - et la seconde, parce que je pense que la tribune des Nations Unies ne doit pas se convertir en des feux de signalisation (rires et applaudissements). Bien entendu, avec tant d'orateurs, il faut r�duire le temps de parole pour ne pas cr�er tant de probl�mes � la ville de New York et avoir une r�union qui dure une semaine ou quinze jours, mais nous ne sommes pas des gosses de la maternelle et chacun peut se limiter soi-m�me et �tre bref.
J'ai particip� � de nombreuses r�unions importantes avec des temps de parole tr�s limit�s. Certains, avec ou sans feux de signalisation, parlent bien plus longtemps que pr�vu. Je t�che chaque fois de m'ajuster � la limite, car le pire ch�timent de celui qui s'�tend trop, c'est l'inqui�tude de tous les autres qui attendent leur tour, si bien que, m�me si votre discours est tr�s bon, les gens vous critiquent. Ce n'est pas de la bonne politique de s'�tendre trop � ce genre de r�union. Et ici, bien que nous soyons pas aux Nations Unies, j'ai bien l'intention de me borner aux questions essentielles.
Je vous disais que c'�tait � mon avis une
r�union tr�s importante. Pourquoi
�a ? Parce que le monde souffre une situation vraiment
catastrophique. N'allez pas croire les experts qui feignent
l'optimisme, ou ceux qui ignorent ce qu'il se passe dans le
monde. Je poss�de des donn�es irr�futables sur la situation du
tiers monde, des pays d'o� proviennent beaucoup d'entre vous, ou
des pays que beaucoup de Nord-Am�ricains connaissent et ont
visit�s, des pays o� vivent les trois quarts de l'humanit�.
J'ai apport� quelques documents avec moi, et j'ai s�lectionn�
certaines de ces donn�es.
Par exemple, le revenu par habitant dans plus de cent pays est inf�rieur � celui d'il y a quinze ans.
Le tiers monde compte 1,3 milliard de pauvres. Soit 1 habitant sur 3.
Plus de 820 millions de personnes ont faim dans le monde, dont 790 dans le tiers monde.
Plus de 840 millions d'adultes sont analphab�tes, l'immense majorit� dans le tiers monde.
Un habitant du tiers monde vivra en moyenne dix-huit ans de moins qu'un du monde industriel. Ainsi, l'esp�rance de vie en Afrique subsaharienne est seulement de 48 ans, soit trente de moins que dans les pays d�velopp�s. On calcule que 654 millions de personnes du Sud ne d�passeront pas les quarante ans, soit un �ge qui est presque la moiti� du mien.
La quasi-totalit� des d�c�s en couches, soit 99,5 p. 100, surviennent dans le tiers monde. Alors que ce risque n'est que 1 pour 1 400 accouchements en Europe, il se monte � 1 pour 6 en Afrique. Et je parle de risque. Les d�c�s r�els sont inf�rieurs, bien entendu, mais il n'en reste pas moins que le nombre de d�c�s d'Africaines pour 10 000 accouchements est au moins le centuple de celui des Europ�ennes.
Plus de 11 millions de gar�ons et filles de moins de cinq ans meurent tous les ans dans le tiers monde de maladies dont la plupart peuvent �tre pr�venues, autrement plus de 30 000 par jour, 21 par minute. Presque mille depuis que notre r�union a commenc� il y a trois quarts d'heure.
Dans le tiers monde, 64 enfants pour 1 000 n�s vivants meurent dans l'ann�e.
Deux enfants du tiers monde sur cinq souffrent d'un retard de la croissance, et 1 sur 3 ne fait pas le poids requis pour son �ge.
J'ai parl� de 64 d�c�s pour 1 000 naissances vivantes, comme moyenne du tiers monde, qui comprend Cuba dont le taux de mortalit� infantile est inf�rieur � 7, mais vous avez de nombreux pays africains o� le taux de d�c�s dans les cinq premi�res ann�es est de 200.
D'autres questions sont terriblement dures sur le plan moral.
Deux millions de fillettes sont contraintes � la prostitution.
Environ 250 millions d'enfants de moins de quinze ans sont contraints de travailler pour survivre.
Dix des onze infections par le virus du sida qui surviennent chaque minute s'enregistrent en Afrique subsaharienne, qui compte plus de 25 millions de sid�ens.
Entre temps, le monde d�pense chaque ann�e 800 milliards de dollars en armements, 400 milliards en drogues et un billion en publicit�.
La dette ext�rieure du tiers monde se montait fin 1998 � 2,4 billions de dollars, soit quatre fois plus qu'en 1982, voil� � peine dix-huit ans. De 1982 � 1998, ces pays du tiers monde ont pay� plus de 3,4 billions de dollars au titre du service de la dette, soit presque un billion de plus que le montant actuel du principal qui, loin de d�cro�tre, a augment� de 45 p. 100 en seize ans.
Malgr� le discours n�olib�ral sur les chances qu'offre l'ouverture commerciale, les pays sous-d�velopp�s, qui comptent 85 p. 100 de la population mondiale, ne fournissaient en 1998 que 34,6 p. 100 des exportations totales, autrement dit une proportion inf�rieure � 1953, alors que leur population a plus que doubl�.
Si l'aide publique au d�veloppement repr�sentait 0,33 p.100 du Produit national brut des pays d�velopp�s en 1992, il n'en repr�sente plus que 0,23 p. 100 en 1998, six ans plus tard, ce qui est tr�s loin de l'objectif du 0.7 p. 100 fix� par les Nations Unies. Bref, le monde riche est de plus en plus riche et pourtant son apport au d�veloppement de cette immense partie pauvre de l'humanit� ne cesse de diminuer d'ann�e en ann�e. La solidarit� et le sens des responsabilit�s se r�tr�cissent chaque ann�e.
Or, en revanche, le volume de transaction de devises � l'�chelle mondiale se monte � environ 1,5 billion de dollars par jour. Ce qui n'inclut pas les op�rations de ce qu'on appelle les d�riv�s financiers, qui repr�sentent une somme � peu pr�s �gale. Autrement dit, les op�rations sp�culatives se montent � un total de 3 billions de dollars par jour. Si l'on taxait ces op�rations sp�culatives d'un imp�t de 1 p. 100, �a suffirait largement � assurer le d�veloppement durable, donc la protection de la nature et de l'environnement, des pays cens�ment en d�veloppement. Je dis "cens�ment", parce qu'ils marchent en fait sur la route d'un sous-d�veloppement croissant et visible, parce que la diff�rence ne cesse de se creuser entre les pays pauvres et les pays riches, de la m�me mani�re que le foss� se creuse entre riches et pauvres au sein des pays eux-m�mes.
Je pourrais vous demander par exemple : vous tous, avec les �pargnes plus ou moins grosses que vous pouvez avoir dans les banques, pouvez-vous atteindre tous ensemble le milli�me de ce que poss�de l'homme le plus riche du monde, qui est d'ailleurs un de vos compatriotes ?
J'ai parl� de billions de dollars par jour dans des op�rations sp�culatives. De trois billions ! Qu'est-ce que �a a � voir avec le commerce mondial ? Celui-ci se monte � seulement 6,5 billions par an, ce qui veut dire que les op�rations sp�culatives r�alis�es tous les deux jours ouvrables dans ces fameuses bourses �quivalent aux op�rations du commerce mondial en un an.
Quand les bourses de valeurs ont vu le jour, on ne connaissait pas ce ph�nom�ne qui est quelque chose d'absolument nouveau. La sp�culation par laquelle l'argent cherche l'argent n'a strictement rien � voir avec la cr�ation de biens mat�riels ou de services. Or, ce ph�nom�ne cro�t � des niveaux absurdes depuis trente ans. Peut-on appeller �conomie ce jeu de hasard d�lirant ? La vraie �conomie, faite pour satisfaire les besoins vitaux de l'homme, peut-elle le supporter ?
L'argent ne s'utilise plus d�sormais, pour l'essentiel, � la production de biens. Non, il s'emploie dans des monnaies, des actions, des d�riv�s financiers, dans une qu�te d�sesp�r�e de l'argent, avec le recours aux programmes informatiques et aux ordinateurs les plus perfectionn�s, et non plus, comme cela s'�tait pass� � pr�sent dans l'histoire, par des proc�s de production. Voil� ce que nous a apport� la si fameuse mondialisation n�olib�rale dont on nous fait tant l'article !
Les pays d�velopp�s contr�lent 97 p. 100 de tous les brevets du monde parce que, bien entendu, ils ont monopolis� les meilleurs cerveaux que produit la plan�te. Les pays d�velopp�s ont d�rob� ces quarante derni�res ann�es � l'Am�rique latine et aux Cara�bes un million de sp�cialistes - je r�p�te ce chiffre : un million de sp�cialistes ! - dont la formation aurait co�t� aux Etats-Unis 200 milliards de dollars. Ainsi, les pays pauvres fournissent les meilleurs fruits de leurs universit�s aux pays d�velopp�s.
Tenez, - et j'en ai parl� � une des tables rondes du Sommet du mill�naire : ces dix derni�res ann�es, les Etats-Unis ont r�cup�r� 19 des 22 Prix Nobel de physique; pareil pour les prix de m�decine et d'autres branches scientifiques. On consid�re de nos jours les connaissances comme le facteur le plus important du d�veloppement, mais les pays du tiers monde se voient constamment priv�s de leurs meilleurs talents.
Une derni�re donn�e, de celles que j'ai amen�es : � peine 1 p. 100 des 56 milliards de dollars investis chaque ann�e dans la recherche m�dicale se consacre � la pneunomie, aux maladies diarrh�iques, � la tuberculose et au paludisme, quatre des principaux fl�aux du monde sous-d�velopp�.
Les m�dicaments les plus perfectionn�s permettant aux personnes frapp�es par la trag�die du sida de survivre quelques ann�es de plus co�tent 10 000 dollars dans les pays industriels. Leur prix de vente, je veux dire, parce que leur prix de revient n'est qu'� peine de mille dollars.
Nous sommes bien au courant de la trag�gie que souffre le monde, parce que l'un de nos principes les plus sacr�s est la solidarit� (applaudissements).
Ceux qui ne croient pas en l'homme, en son potentiel de sentiments nobles, en sa capacit� de bont� et d'altruisme, ne pourront jamais comprendre que nous souffrions de la mort ou de la souffrance - on ne peut parler seulement de ceux qui meurent - non seulement d'un enfant cubain, mais encore que nous nous inqui�tons d'un enfant haitien, guat�malt�que, dominicain, portoricain, africain, ou de n'importe quel pays du monde (applaudissements). On ne pourra jamais dire que l'esp�ce humaine a atteint son niveau de conscience le plus �lev� tant que chaque peuple ne sera pas capable de souffrir comme siennes les douleurs d'autres peuples du monde.
Je vais m�me plus loin : l'humanit� atteindra son maximum de conscience et de qualit�s potentielles quand la mort de l'enfant de n'importe quelle famille fera aussi mal � une personne que celle de son propre enfant ou de tout parent proche (applaudissements).
Je sais que beaucoup d'entre vous - peut-�tre l'immense majorit� - sont chr�tiens et que nous sommes dans une �glise. Eh bien, c'est justement �a que pr�chait le Christ, et c'est justement �a, pour nous, l'amour du prochain (applaudissements). Et �a explique les efforts que Cuba a faits pour d'autres pays dans la mesure de ses forces. Vous en avez signal� certaines au d�but du meeting.
On peut r�sumer ces sentiments de solidarit� dans un chiffre : environ un demi-million de nos compatriotes ont accompli des missions internationalistes dans de nombreux pays de diverses parties du monde, surtout en Afrique (applaudissements), comme m�decins, comme enseignants, comme techniciens, comme travailleurs ou comme soldats (applaudissements).
Quand tout le monde investissait dans l'Afrique du Sud du racisme et du fascsme et faisait du commerce avec elle, des dizaines de milliers de soldats b�n�voles cubains faisaient face � ses troupes (applaudissements).
Tout le monde parle maintenant, tout content, de la pr�servation de l'ind�pendance de l'Angola, toujours soumis, n�anmoins, � une guerre civile dure par la faute de ceux qui ont �quip� les bandes arm�es pendant des ann�es et des ann�es, entre autre le gouvernement de l'apartheid et d'autres autorit�s que je ne mentionnerai pas nomm�ment par respect pour l'endroit o� je me trouve (applaudissements).
Ce demi-million de volontaires qui ont accompli leur mission gratuitement n'est pas all� investir dans le p�trole, dans les mines de diamant, dans les min�rais, ni dans aucune richesse de ce pays (applaudissements).
Cuba ne poss�de pas un seul centime d'investissement dans les pays o� nos combattants internationalistes ont accompli des missions (applaudissements). Pas un dollar de capital, pasi un m�tre carr� de terre (applaudissements).
Amilcar Cabral, ce grand dirigeant africain (applaudissements), a dit un jour des mots proph�tiques qui constituent un honneur inoubliable pour nous : " Quand les combattants cubains rentreront, ils n'emporteront que les restes de leurs compagnons morts au combat" (applaudissements prolong�s).
Personne n'a impos� un blocus au r�gime ignominieux de l'apartheid, personne ne lui a livr� une guerre �conomique. Pas de loi Torricelli, pas de loi Helms-Burton pour le r�gime fasciste et raciste ! Toutes ces lois, toutes ces mesures sont en revanche pour le pays solidaire que Cuba a toujours �t� et qu'elle restera.
Rien qu'en r�duisant la mortalit� infantile dans notre pays d'environ 60 d�c�s pour 1 000 naissances vivantes dans la premi�re ann�e � moins de 7, nous avons sauv� des centaines de milliers d'enfants; nous avons pr�serv� gratuitement la sant� de ces enfants et nous leur avons garanti une esp�rance de vie de plus de soixante-quinze ans (applaudissements). Bien mieux, nous n'avons pas fait que pr�server leur vie : nous leur avons aussi assur� l'�ducation gratuite � tous (applaudissements), et pas une �ducation �go�ste et m�diocre, mais une �ducation solidaire et de grande qualit�.
L'Unesco, une institution des Nations Unies, a effectu� une enqu�te et a constat� que nos enfants poss�dent presque deux fois plus de connaissances en moyenne que les autres enfants latino-am�ricains (applaudissements).
Nous avons aussi sauv� la vie de centaines et de centaines de milliers d'enfants en Afrique et ailleurs dans le tiers monde, tout au long de ces ann�es de R�volution, et nous avons soign� des dizaines et des dizaines de millions de personnes. Plus de 25 000 travailleurs de la sant� ont particip� � ces actions internationalistes (applaudissements). Mais tout ceci, dit-on, constitue une "violation des droits de l'homme" au nom de laquelle nous devons �tre d�truits !
Notre R�volution a son histoire. Je n'aurais pas le moindre droit moral de vous parler ici si la R�volution, en plus de quarante ans, avait assassin� un seul citoyen cubain, s'il avait exist� � Cuba un seul escadron de la mort, si une seule personne avait disparu � Cuba. Mieux, si un seul citoyen de notre pays - �coutez bien ! - avait �t� tortur�. Un seul ! Et tout le peuple cubain le sait pertinemment (applaudissements et exclamations), un peuple rebelle, dot� d'un sens de la justice tr�s �lev�. Il ne nous aurait pardonn� aucun des faits que j'ai mentionn�s (applaudissements). Et ce peuple a d�fendu la R�volution pendant plus de quarante ans, et a support� avec un sto�cisme exemplaire quarante et un ans de blocus de la part des gouvernements du pays le plus puissant du monde dans les domaines politique, �conomique, technologique et militaire. Et pas un blocus, mais, ces dix derni�res ann�es, deux blocus, apr�s la d�sint�gration du camp socialiste et de l'URSS, ce qui nous a laiss�s sans march� et sans fournisseurs d'aliments, de combustibles, de mati�res premi�res et de nombreux autres produits essentiels que nous leur achetions. Car, pour pouvoir payer, il faut pouvoir faire du commerce. Si vous n'achetez rien � un pays, celui-ci n'a pas de quoi vous acheter en retour.
Peut-�tre l'histoire racontera-t-elle un jour comment Cuba a pu faire le miracle de r�sister (applaudissements)... En attendant, je puis vous assurer qu'aucun autre pays d'Am�rique latine et des Cara�bes n'aurait pu le supporter.
Le pays o� nous nous trouvons ici est l'un des rares qui pourraient se fournir � lui-m�me presque tous les �l�ments essentiels � la vie. Mais ce n'est pas la situation d'un petit pays isol�, ou d'un pays moyen, ou m�me d'un grand pays d'Am�rique latine. Aucun n'aurait pu supporter �a quinze jours, et nous, nous l'avons support� dix ans (applaudissements), et voil� maintenant plusieurs ann�es que nous sommes parvenus peu � peu, non seulement � survivre, mais � accro�tre graduellement notre production �conomique, bien que nous n'ayons pas encore atteint les indicateurs que nous avions avant le double blocus qui nous a contraint d'instaurer ce que nous avons appel� une P�riode sp�ciale.
Je vous dirai seulement la consommation journali�re de calories qui se trouvait � 3 000 est tomb�e � 1 800 presque du jour au lendemain. Nous sommes remont�s maintenant � environ 2 400.
Mais �a ne nous emp�che pourtant pas de faire ce que nous avons fait. Ces dix derni�res ann�es, nous avons form� 30 000 m�decins, parce que nous n'avons pas ferm� la moindre polyclinique, la moindre �cole, la moindre salle de classe (applaudissements).
Nous n'avons jamais utilis� dans notre pays ces th�rapies de choc qui conduisent � fermer les h�pitaux, les �coles, � supprimer la s�curit� sociale et les ressources vitales dont ont besoin les personnes aux revenus bas. Nous avons support� le coup, et nous n'avons pas utilis� une seule de ces mesures, et celles que nous avons appliqu�es pour faire face � une situation aussi difficile ont �t� discut�es avec tout le peuple, et pas seulement � notre Assembl�e populaire. Car nous avons une Assembl�e nationale, ce que beaucoup de gens semblent ignorer. Et nous somme fiers de notre esprit d�mocratique, parce que ce sont les habitants du quartier qui pr�sentent leurs candidats au cours de r�unions publiques, les candidats comme d�l�gu�s de circonscription �lus ensuite au suffrage universel et secret. Ce n'est pas le parti qui pr�sente les candidats. Ce sont les habitants du quartier qui le font librement - pas moins de deux et pas plus de huit - et qui �lisent ensuite les d�l�gu�s en fonction de leurs m�rites et de leurs capacit�s.
Ces d�l�gu�s de circonscription constituent ensuite les assembl�es municipales, et celles-ci, qui proviennent donc de la base, pr�sentent les candidats � l'assembl�e provinciale et les d�put�s � l'Assembl�e nationale, qui sont �lus au suffrage direct et secret et doivent obtenir la moiti� plus une des voix.
Ainsi donc, presque la moiti� de notre Assembl�e nationale - dont font partie Alarc�n et certains membres de notre d�l�gation que j'aper�ois d'ici - est constitu�e de ces d�l�gu�s de circonscription qui ont �t�, comme je l'ai expliqu�, d'abord propos�s et �lus par la population, sans la moindre intervention du parti, dont la seule mission est de garantir le respect des normes constitutionnelles et de nos lois �lectorales.
Personne ne doit d�penser un seul centime. Pas un seul (applaudissements). Les candidats de la circonscription font campagne ensemble, tout comme les candidats � l'Assembl�e nationale propos�s dans chaque commune, dont le nombre varie en fonction de la grandeur de celle-ci, mais qui doivent �tre au moins deux. Voil� la m�thode que nous avons mise au point pour garantir la d�mocratie.
Je vous disais donc que quand nous avons d� adopter des mesures pour faire face � la situation difficile de la P�riode sp�ciale, elles ont toutes �t� discut�es d'abord � la base, avec les travailleurs, les paysans, les �tudiants et les autres organisations de masse, au cours de milliers de r�unions, et ensuite � l'Assembl�e nationale. Une fois analys�es par les d�put�s, elles ont �t� de nouveau discut�es � la base pour �tre adopt�es d�finitivement par l'Assembl�e nationale.
Ces mesures prot�geaient tout le monde, garantissaient la s�curit� de tout le monde. Entre autres, elles taxaient les boissons alcooliques, les cigarettes et tous les articles de consommation somptuaires. Nous n'avons jamais touch� aux m�dicaments, aux aliments ou � d'autres choses vitales pour la population. Et pourtant, nous avons pu continuer de garantir un litre de lait quotidien � chaque enfant jusqu'� sept ans (applaudissements). Et savez-vous � quel prix ? � 1,5 centime de dollar au change officiel.
Le rationnement existe toujours, et il continuera d'exister pour une s�rie d'aliments. Mais une livre de riz, qui co�te de douze � quinze centimes de dollars sur le march� mondial, sans compter les frais de transport ext�rieurs, - parce que nous ne pouvons pas l'acheter � l'endroit le plus proche - et sans compter les frais de transports int�rieurs, la distribution et tout le reste, est vendue � la population � un peu moins de 1,5 centime de dollar, et la livre de haricots, � 1,5 (applaudissements).
Dans notre pays, la plupart des habitants ne paient pas un sou de loyer (applaudissements) parce que, gr�ce aux lois r�volutionnaires, plus de 85 p. 100 sont propri�taires de leur logement et ne paient pas non plus d'imp�t � ce titre. Pour le reste des logements, situ�s � des endroits �loign�s qui sont indispensables pour l'industrie ou les services, les locataires paient un loyer tr�s modeste ou sont usufruitiers. Et voil� pourquoi quand certains disent que les Cubains gagnent en moyenne de quinze � vingt dollars par mois, je r�ponds : oui, mais ils n'ont pas � d�bourser tant pour le logement, comme � New York, et tant pour l'�ducation, et tant pour les soins de sant�, et tant pour d'autres services. �a ne veut pas dire que nous ne soyons pas pauvres ou que nous n'ayons pas de besoins, �a veut dire que nous avons distribu� la pauvret� ou les ressources de la fa�on la plus juste possible (applaudissements).
Deux ou trois exemples de plus. Pour assister � un match de baseball important... A Baltimore, que je sache, l'entr�e co�te en moyenne dix-neuf dollars; � un Cubain, au taux de change, elle lui co�te 0,05 dollar. Une entr�e au cin�ma ou au th��tre, qui vaut � New York de six � huit dollars, co�te 0,05 dollar � un Cubain. Visiter un mus�e - les entr�es payantes, je veux dire, parce que les enfants ne paient pas, par exemple - co�te 0,05 dollar. Voil� pourquoi nous avons pu supporter les conditions les plus dures, malgr� la crise, malgr� qu'il nous manque encore bien des choses.
Les prix des m�dicaments essentiels n'ont pas chang� depuis 1959, autrement dit depuis plus de quarante ans (applaudissements), et ces prix avaient d'ailleurs �t� d�j� r�duits de moiti�, parce que c'est une des premi�res choses qu'a faites la R�volution. Et si vous �tes hospitalis�s, alors les m�dicaments sont absolument gratuits (applaudissements). Et si vous avez besoin d'une greffe du coeur, d'une greffe du foie ou d'un autre organe, ou d'une op�ration ou d'un traitement co�teux, vous ne d�boursez pas un centime !
C'est ce que la R�volution a fait pour le peuple qui a engendr� l'h�ro�sme avec lequel il a r�sist� � une �preuve aussi colossale que plus de quarante ans de blocus, dont les dix derniers ont rev�tu les caract�ristiques que je vous ai expliqu�es. Une �preuve jamais inflig�e � aucun autre pays. Il n'est donc pas �tonnant que les autorit�s nord-am�ricaines elles-m�mes reconnaissent que les jeunes Cubains qui �migrent aux Etats-Unis sont ceux qui jouissent de la meilleure sant� parmi tous les immigrants d'Am�rique latine et des Cara�bes, et du meilleur niveau de connaissances (applaudissements).
C'est parce que vous avez �t� si fermement solidaires avec notre patrie face � tant de calomnies et de mensonges que je me sens le devoir de vous expliquer toutes ces choses, sans rien arranger � la v�rit�.
En tout cas, notre esprit internationaliste n'a pas diminu� durant cette P�riode sp�ciale. M�me s'il est vrai que nous avons d� r�duire le nombre de bourses que nous accordions � des �l�ves �trangers, qui se montaient � 24 000 dans les ann�es 80. Nous �tions le pays au monde qui recevait le plus de boursiers par habitant, sans que cela leur co�te un centime (applaudissements). Des dizaines de milliers de sp�cialistes et de techniciens africains ont fait leurs �tudes � Cuba. Ils venaient d'autres continents, c'est vrai, mais si je signale l'Afrique en particulier, c'est parce qu'ils provenaient surtout de ce continent le plus pauvre. Durant ces dix derni�res ann�es, nous avons d� r�duire ces quantit�s. Ainsi que nos programmes d'aide m�dicale.
Et pourtant, je peux vous dire avec satisfaction que nous avons aujourd'hui plus de m�decins et de travailleurs de la sant� pr�tant des services gratuits dans le tiers monde qu'� aucune autre �tape ant�rieure (applaudissements).
Juste quelques mots � ce sujet. Le cyclone Georges - je ne comprends pas qu'on l'ait baptis� du pr�nom de celui qui a �t� l'architecte de l'ind�pendance des Etats-Unis et son premier pr�sident - avait fait d'�normes d�g�ts et tu� beaucoup de gens, et c'est alors que nous avons offert � Ha�ti, le pays le plus pauvre de ce continent, les m�decins dont il aurait besoin (applaudissements). Et quand le cyclone Mitch a caus� � son tour, quelques semaines apr�s, de terribles dommages en Am�rique centrale, - avec des pluies torrentielles provoqu�es par le changement climatique et par la coupe sombre des for�ts en vue d'exporter le bois dans les pays les plus riches - nous avons fait la m�me offre et nous avons m�me d�p�ch� aussit�t des centaines de m�decins. C'est apr�s que nous avons propos� � ces pays de d�velopper des plans de sant� int�graux.
Il ne s'agissait pas d'envoyer un certain nombre de m�decins, de fournir une aide pendant quinze ou vingt jours apr�s le cyclone, et de repartir ensuite, sans plus. Il est vrai que ce cyclone a tu�, selon les chiffres les plus �lev�s mentionn�s � l'�poque, plus de trente mille personnes. Mais les chiffres r�els - parce que les personnes port�es disparues au d�part ont �t� retrouv�es ensuite ailleurs - ont d� �tre de quinze mille morts. Mais des maladies qu'on pourrait parfaitement pr�venir tuent tous les ans en Am�rique centrale plus de quarante mille enfants - sans compter les adultes. Autrement dit, vous avez un cyclone silencieux et permanent bien plus terrible que Mitch, qui tue trois fois plus d'enfants que lui et dont personne ne parle jamais.
Les pays en question ont accept� notre offre, surtout ceux qui ont fait preuve d'ind�pendance, parce que certains autres, on leur a interdit de dire oui. Et ces programmes se poursuivent de nos jours. Ainsi Cuba a envoy� dans un de ces pays environ 450 m�decins et travailleurs de la sant� - parce qu'il faut inclure des techniciens pour les �quipements et des infirmi�res sp�cialis�es - aux endroits les plus recul�s, sans �lectricit�, au milieu des serpents et des moustiques...
Donc, ces programmes se poursuivent et s'amplifient. Nous ne fournissons pas les m�dicaments, parce que nous ne les avons pas; ce sont les gouvernements qui s'en chargent, et des organisations non gouvernementales. En tout cas, les services de nos m�decins sont totalement gratuits (applaudissements).
En Ha�ti, plusieurs centaines de nos m�decins - � peu pr�s autant que dans le pays dont j'ai d�j� parl� - soignent plus de quatre millions de personnes, tandis qu'un groupe de sp�cialistes dans le principal h�pital du pays et dans certains autres o� ils manquaient, soigent ceux qui ont besoin et qui viennent de n'importe quel endroit du pays. Ils ont sauv� bien des vies.
Ce n'est pas si difficile que �a de sauver des vies, si vous recourez tout simplement aux vaccins, qui co�tent quelques centimes, et si vous appliquez des politiques de sant� qui permettent de soigner de nombreuses personnes et donc de leur sauver la vie pour des d�penses minimes. Des millions d'enfants meurent dans le tiers monde faute, justement, de ces quelques centimes !
Nous avons donc offert environ deux mille m�decins rien qu'� l'Am�rique centrale, et � Ha�ti, tous ceux dont il aurait besoin. Mais ce n'est pas tout. Utilisant une grande �cole militaire, car nous avons aussi r�duit les d�penses dans ce domaine, nous avons cr�� une �cole de m�decine qui a accueilli un millier de jeunes Centram�ricains de famille modeste et provenant d'endroits recul�s (applaudissements). Ils y font d'abord une esp�ce de prop�deutique pour niveler les connaissances, et deux ans d'�tudes de sciences de base. Ils font ensuite quatre ans d'�tudes dans les vingt facult�s de m�decine que nous poss�dons et qui peuvent recevoir, en plus des facult�s de sciences de base, presque quarante mille �l�ves.
� un moment donn�, six mille jeunes Cubains entraient tous les ans dans ces facult�s de m�decine. Ensuite, logiquement, il a fallu r�duire ces chiffres. Mais nous avions largement les capacit�s suffisantes. Maintenant, ces facult�s ne forment pas seulement des m�decins et des dentistes, mais aussi des licenci�s en soins infirmiers et des techniciens de niveau sup�rieur.
Pour en revenir � cette �cole dont je vous parlais, elle compte actuellement plus de trois mille �l�ves. Mais dans quelques mois, au d�but du nouveau cours - parce que certains pays latino-am�ricains terminent l'enseignement secondaire � la fin de l'ann�e et d'autres au d�but de l'�t� - de nouveaux �l�ves viendront suivre le cours de prop�deutique. Donc, en mars prochain, avec ces mille sept cents nouveaux �l�ves, l'�cole en comptera environ cinq mille au total (applaudissements).
Bref, dans trois ans, cette �cole comptera plus de huit mille �l�ves en provenance d'Am�rique latine, qui ne d�boursent pas un sou et qui re�oivent m�me une alimentation meilleure que celle des quarante mille �tudiants cubains qui sont boursiers. Elle compte aussi quatre-vingts �l�ves de Guin�e �quatoriale, qui est un pays hispanophone.
Cette �cole s'appelle Ecole latino-am�ricaine de sciences m�dicales. Mais le programme correspondant s'�tend � toutes les facult�s de m�decine du pays.
Il faut aussi que je vous dise que Santiago de Cuba a accueilli plus de deux cents Ha�tiens, qui ont fait leur prop�deutique et qui ont commenc� maintenant le cours normal. D'excellents �l�ves. Nous en recevrons quatre-vingts par an. � quoi il faut ajouter les �l�ves anglophones des Antilles qui �tudient � Cienfuegos. Autrement dit, Cuba doit accueillir pour le moment - sans exag�rer - un peu plus de quatre mille �l�ves de m�decine d'Am�rique latine et des Cara�bes. Et sous peu, elle en accueillera dix mille (applaudissements). Voil� donc ce que peut faire notre pays malgr� le blocus, absolument gratis, offrant des conditions ad�quates d'alimentation et de vie, avec tout ce qu'il faut en mati�re de laboratoires, de livres de texte, de v�tements, de transport � partir de l'�cole, et du reste.
Nous avons ouvert les inscriptions � tous les �l�ves d'Am�rique latine comme une forme d'union, de fraternit�, d'�change culturel. Chaque pays en effet a organis� ses groupes culturels. Les �l�ves obtiennent ainsi de grandes connaissances sur les autres pays. Mais l'essentiel est surtout de cr�er une nouvelle conception, une nouvelle doctrine du r�le du m�decin dans la soci�t�. Les capitales et les grandes villes latino-am�ricaines disposent en effet de m�decins en nombre plus que suffisant, mais qui n'ont pas �t� form�s dans ce que doit �tre le devoir du m�decin (applaudissements). Ce n'est pas tant le nombre d'�l�ves de ce programme qui importe que les id�es qui le r�gissent.
Eh bien, vous n'avez pas id�e de la passion avec laquelle ces jeunes �tudient, de leur application, plus m�me que nos propres �l�ves � nous qui sont habitu�s � recevoir toutes ces possibilit�s aussi naturellement qu'ils voient le soleil se lever tous les jours. Mais ces jeunes latino-am�ricains proviennent d'endroits tr�s pauvres, et faire des �tudes de m�decine �tait un r�ve pour eux. Ils obtiennent d'excellents r�sultats. Quels m�decins magnifiques va former cette �cole ! Vrai, nous nous sentons r�compens�s de nos efforts en voyant les r�sultats.
Et que faisons-nous en Afrique ? Impossible de faire venir � Cuba des dizaines de milliers d'Africains. L'Afrique subsaharienne aurait besoin de 160 000 m�decins, � raison de 1 pour 4 000 habitants; et de 596 000 � raison de 1 pour 1 000 habitants. Le taux de Cuba est de 1 pour 168, et nous formons deux mille m�decins par an. Comment l'Afrique subsaharienne pourrait-elle former ce personnel ? Nos Programmes de sant� int�graux pour cette partie de l'Afrique - et c'est l� la solution que nous proposons - nous permettent de disposer de trois mille m�decins cubains, dont la premi�re mission, � peine arrivent-ils dans un pays, est de cr�er une facult� de m�decine si elle n'existe pas (applaudissements), en comman�ant un cours de prop�deutique de six mois pour bacheliers. Nous venons de le faire en Gambie, o� il y a cent cinquante-huit m�decins cubains (applaudissements). Les autorit�s nous en ont demand� quatre-vingt-dix de plus et nous avons accept�. C'est en Gambie, qui compte 30 m�decins gambiens pour 1 200 000 habitants, que nous avons d�but� nos programme de sant� int�graux pour l'Afrique.
Le second pays a �t� la Guin�e �quatoriale, o� il y a plus d'une centaine de m�decins cubains qui ont ouvert l� aussi une facult� de m�decine.
Nous avions aussi cr��, voil� bien des ann�es, une �cole de m�decine en Guin�e-Bissau, mais elle a �t� d�truite � la suite de la r�cente guerre civile qui a donn� lieu � une intervention �trang�re. Comme elle n'a toujours pas �t� reconstruite, les autorit�s nous ont demand� de recevoir les �l�ves des cinqui�me et sixi�me ann�es, ce que nous avons accept� tout de suite (applaudissements). Mais comme la reconstruction de l'�cole a pris du retard, elles nous ont demand� voil� quelques semaines � peine de recevoir tous les autres �l�ves des quatre premi�res ann�es, ce que nous avons accept�. Ainsi, tous ces jeunes pourront poursuivre leurs �tudes.
Voil� les grandes lignes du programme. Il faut former des centaines de milliers de m�decins africains, mais personne ne s'en occupe. Vous avez une partie du monde riche qui ne s'int�resse qu'au p�trole, aux diamants, aux minerais, aux for�ts, au gaz, � la main-d'oeuvre bon march�, et � rien d'autre. Si bien que la situation de ce continent est pire qu'� l'�poque coloniale, bien pire ! La population s'est multipli�e. Oui, la situation est terrible.
On a parl� hier du sida aux Nations Unies. C'est un chapitre � part. Si vous me le permettez, je vous en parle ensuite (applaudissements).
Pourquoi me suis-je appesanti un peu sur cette question de la m�decine ? Je vais vous expliquer. Nous avons conc�d� des bourses d'�tudes universitaires dans n'importe quelle branche aux �l�ves carib�ens. Les pays anglophones des Cara�bes sont nombreux, mais leur population totale est faible. Mais j'ai d�couvert tout r�cemment quelque chose qui m'a laiss� fort surpris, � l'occasion de la visite de plusieurs repr�sentants et s�nateurs du groupe noir au Congr�s nord-am�ricain. Si j'en parle, et c'est la premi�re fois que je le fais en public, c'est parce qu'ils ont parl� eux-m�mes � la presse. Donc, un l�gislateur du Mississippi � qui je parlais de ces programmes de sant� m'a dit : "Savez-vous qu'il y a de nombreux endroits de mon district o� il n'y a pas un seul m�decin...?" Je nen revenais pas! Et je lui ai r�pondu : "C'est maintenant que je me rends compte que vous �tes le tiers monde des Etats-Unis !" (Applaudissements et exclamations.) Et je lui ai dit : "Eh ! bien, nous sommes pr�ts � vous envoyer des m�decins gratis, comme nous le faisons pour d'autres pays du tiers monde."
Oui, une vraie d�couverte. Vous n'arr�tez pas d'entendre parler de la richesse des Etats-Unis, de leur produit int�rieur brut qui d�passe huit billions de dollars, etc., etc., et vous vous retrouvez tout d'un coup devant un illustre membre de la Chambre qui vous dit qu'il manque des m�decins dans son district ! C'est pour �a que je lui ai r�pondu : "Nous pouvons vous les envoyer." Et j'ai ajout� aussit�t en me souvenant des �coles : "Bien mieux, nous sommes pr�ts � octroyer un certain nombre de bourse d'�tudes � des jeunes pauvres de votre district qui ne peuvent pas payer les deux cent mille dollars que co�tent des �tudes sup�rieures dans votre pays." (Applaudissements et exclamations.) De retour chez eux, ces repr�sentants noirs ont parl� de cette question. Ils nous ont dit qu'ils �taient en train d'analyser cette question des bourses, parce qu'il existe toujours un probl�me de compatibilit� entre le syst�me de formation professionnelle de chaque pays.
Je vous assure que nos m�decins re�oivent une excellente formation. D�s la premi�re ann�e, ils entrent en contact avec les m�decins de la communaut� et les polycliniques, et pendant six ans, ils font non seulement des �tudes th�oriques aupr�s d'excellents professeurs et avec les moyens techniques n�cessaires, mais aussi des �tudes pratiques, en contact constant avec les �tablissements hospitaliers. Nos vingt facult�s - en fait, il y en a vingt-deux, mais deux se consacrent aux sciences de base - ont �t� construites aux abords des principaux h�pitaux dans chaque province, et c'est l� qu'ils font la r�sidence et se sp�cialisent. Ils n'ont pas besoin de venir � la capitale pour �a.
Le repr�sentant noir dont je vous ai parl� m'a comment� que la situation de son district se r�p�tait pour d'autres minorit�s, et il m'a parl� des Chicanos, des Indiens dans les r�serves et d'autres endroits du pays, et pas seulement d'immigrants latino-am�ricains ou d'ailleurs, mais m�me de citoyens n�s aux Etats-Unis. Je lui ai dit : "Votre pays est �norme, et nous ne pourrions pas y faire ce que nous faisons dans d'autres. Je ne sais pas � combien se monte votre tiers monde, mais j'imagine qu'il doit tourner autour de trente � quarante millions." (Applaudissements.)
Nous disposons de m�decins pour une bonne quantit� de millions, mais je n'ai pas os� lui en proposer plus, parce que nous avons pris de nombreux engagements ailleurs. Et je lui ai dit : "�a ne va pas r�gler votre grand probl�me, mais je suis s�r que si vous avez besoin de m�decins et que vous demandez des visas pour faire venir des m�decins cubains, vos autorit�s ne pourraient pas vous les refuser. Sinon, comment pourraient-elles justifier les milliers de m�decins qu'elles nous ont vol�s au d�but de la R�volution ?" Oui, elles nous ont vol� 3 000 m�decins des 6 000 que comptait Cuba alors, - la moiti� ! - et plus de la moiti� de nos professeurs universitaires. Et c'est avec les trois mille m�decins patriotes qui sont rest�s (applaudissements) que nous avons organis� nos plans et que nous avons relev� le d�fi. Aujourd'hui, nous en avons 67 500 (applaudissements). Plus de vingt fois la quantit� qu'on nous a vol�e dans les premi�res ann�es. C'est le fruit de l'effort et de la volonte de faire les choses (applaudissements).
Mais � quoi assistons-nous actuellement ? Eh bien, � une politique visant � promouvoir la d�sertion de nos m�decins en mission internationaliste. Un simple exemple. Nous avons envoy� cent huit m�decins au Zimbabwe qui travaillent dans des h�pitaux provinciaux, parce que le pays n'en a pas assez. Car, bien entendu, la Rhod�sie de l'apartheid ne formait pas de m�decins noirs, et le Zimbabwe ind�pendant compte encore, apr�s plus de vingt ann�es d'ind�pendance, beaucoup d'h�pitaux sans m�decins. Bref, il existe maintenant dans presque toutes les provinces une �quipe de huit � dix m�decins cubains, des sp�cialistes en m�decine g�n�rale int�grale, des chirurgiens, des orthop�distes, des anesth�sistes, des radiologues et des techniciens de maintenance des appareils (applaudissements).
Alors, voil� quelques semaines, deux de ces cent huit m�decins, bien �videmment attir�s par la soci�t� de consommation - ce n'est pas pour rien qu'on d�pense un billion de dollars par an pour en faire l'article ! - ont d�sert�. �a arrive de temps � autre. Mais je peux vous dire, en tout bien tout honneur, que de tous les m�decins participant � ces Programmes de sant� int�graux, seulement 1,6 p. 100 ont d�sert� - m�me si c'est douloureux (applaudissements).
Et ces deux-l� se sont rendus rien moins qu'au bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les r�fugi�s ! Aussit�t, les individus qui ont fait des pieds et des mains au Congr�s pour retenir le petit Eli�n aux Etats-Unis ont demand� aux autorit�s la d�livrance de visas. Personne n'a fait cas des enfants, des malades abandonn�s, des personnes que soignaient ces deux m�decins et des vies qu'ils sauvaient. L'important, c'�tait la publiciti� : Nous avons p�ch� deux m�decins cubains ! Et la mafia cubano-am�ricaine - car c'est ainsi que nous appelons cette pr�tendue Fondation, qui n'est rien d'autre qu'une organisation terroriste (applaudissements et exclamations) - a fait pareil. Et elle fait la m�me sale besogne au Guatemala, au Honduras, au B�lize, en Ha�ti, au Guyana, au Paraguay, bref dans les treize pays o� se r�alisent aujourd'hui ces programmes qui s'�tendront, si je calcule bien, � une trentaine ou une quarantaine de pays, surtout d'Afrique.
Quelle fa�on de voler des cerveaux ! Voil� pourquoi je disais � ce repr�sentant nord-am�ricain : "Comme pourrait-on vous refuser les visas que vous demandez, au nom de quels arguments, de quel droit, si les autres font des choses pareilles ?" Ou alors devrions-nous, pour envoyer ces m�decins aux Etats-Unis, recourir � la Loi d'ajustement cubain ? Une loi que nous appelons assassine � cause des milliers de morts qu'elle provoque, � partir d'un privil�ge conc�d� � aucun autre Latino-Am�ricain ni � aucun autre citoyen du monde, d'un privil�ge conc�d� uniquement aux Cubains, pour promouvoir la d�stabilisation et le d�sordre, et pour fabriquer la mati�re premi�re qui servira de propagande contre Cuba.
Bien entendu, c'est une mani�re de parler, nous ne ferions pas ce genre de choses. Mais j'ai l'espoir que si les l�gislateurs noirs ou d'autres minorit�s de Latinos ou de la population autochtone demandaient l'envoi d'un groupe de m�decins cubains qui ne co�teraient pas un sou au contribuable ou au tr�sor nord-am�ricain, le gouvernement des Etats-Unis ne leur refuseraient pas les visas. Sinon, ce ne serait pas logique.
Bien entendu, les l�gislateurs discutent de la compatibilit� des �tudes. Je suis absolument convaincu que si nos m�decins devaient passer un examen rigoureux, ils r�ussiraient sans probl�me devant n'importe quel jury juste et accompliraient leur mission avec honneur.
Mais c'est plus simple pour eux d'envoyer des jeunes faire des �tudes de m�decine � Cuba, et ils y pensent. En tout cas, nous, nous sommes pr�ts � accueillir deux cent cinquante �l�ves par an provenant du tiers monde nord-am�ricain (applaudissements). Ils apprendraient en plus l'espagnol et entreraient en relation avec des jeunes de tout le continent, auxquels ils transmettraient ce qu'ils savent des Etats-Unis et de la culture nord-am�ricaine, tout en apprenant � conna�tre la leur.
J'ai parl� de deux cent cinquante bourses. Mais pour le cours de prop�deutique qui d�bute en mars, nous pouvons en offrir cinq cents, pour inclure d'autres minorit�s. Ce n'est pas nous qui ferions la s�lection, bien entendu, mais les repr�sentants qui souhaitent aider des modestes jeunes de leur juridiction � faire des �tudes de m�decine, � la seule condition qu'ils s'engagent ensuite � exercer dans leur communut� d'origine (applaudissements).
J'ai encore quelques petites choses � ajouter, et je vous parlerai � la fin - ne vous impatientez pas - du petit Eli�n et ensuite je conclurai. Laissez-moi voir l'heure (il consulte sa montre). Nous sommes l� depuis un bon bout de temps d�j�, et j'esp�re que �a ne se prolongera pas trop.
Je vous disais donc que la situation sanitaire en Afrique �tait d�sastreuse, mais que le plus terrible est un nouveau fl�au qui menace - et je p�se bien mes mots -d'annihiler des nations enti�res de ce continent. Pire encore, qui menace d'annihiler la population enti�re de l'Afrique subsaharienne, qui compte 596 millions d'habitants.
Je parle tout � fait s�rieusement, apr�s m�re r�flexion. Je ne veux pas �tre alarmiste, mais il y a certain nombre de chiffres que je sais par coeur. Le monde compte actuellement 35 millions de sid�ens, dont 25 millions sont Africains. Ces donn�es proviennent de diff�rente sources, mais surtout de mes conversations avec le responsable du programme des Nations Unies pour le sida. Un peu plus de deux millions de sid�ens africains meurent tous les ans, des jeunes pour la plupart, bien entendu, des femmes � l'�ge nubile. Pour 2 d�c�s, on compte 5 s�ropositifs. Le nombre de d�c�s se monte � 19 millions de personnes, qui ont laiss� 12 millions d'orphelins, et on calcule que le chiffre se montera � 49 millions dans dix ans.
Et on est loin de mettre un vaccin au point.
Je me pose la question : comment un pays pauvre du tiers monde peut-il se d�velopper quand 30 p. 100 parfois de sa population est s�ropositive et manque de m�decins, de m�dicaments et d'infrastructures ? Comment s'occuper de 42 millions d'orphelins ? Et le plus terrible, c'est que, des 19 millions de d�c�s, un grand nombre sont des enfants qui ont �t� infest�s � leur conception m�me et des mamans. Comment peut-on les alimenter, quand on sait la quantit� de personnes souffrant de d�nutrition dans beaucoup de ces pays, quand on sait la faim qui y existe ?
Une r�union s'est tenue voil� quelques semaines � Durban, en Afrique du Sud, entre des repr�sentants africains et des repr�sentants de pays industriels. Et ces derniers ont dit qu'il fallait un effort pour faire face au probl�me, qui �tait terrible. Et je me suis dit : Ces gens-l� viennent de d�couvrir le sida en Afrique. En tout cas, c'est ce qu'il semblait ! On y a parl� de mesures � prendre, de ce qu'il fallait faire avec les compagnies productrices de m�dicaments pour r�duire les co�ts, des petits sommes d'argent � donner... On a parl� d'un milliard, d'un milliard et quelque. Parfait. Or, si on r�duisait � mille dollars le prix d'un traitement pour enrayer la maladie qui en co�te actuellement dix mille, il faudrait 25 milliards de dollars par an. Si on le r�duisait � cinq mille, alors, il en faudrait 125 milliards, et au co�t du traitement actuel, il en faudrait 250 milliards.
Reste � voir combien d'argent on donnera, et combien de temps on mettra pour appliquer un programme, combien de millions de personnes vont s'infester, combien de millions vont mourir et de combien de millions la quantit� d'orphelins va augmenter.
Je vous assure que la coop�ration des pays industriels permettrait de r�soudre un probl�me fondamental, que plusieurs repr�sentants africains ont soulev� � cette r�union : "A quoi bon, si nous n'avons pas d'infrastructures pour utiliser ces m�dicaments ?" Le traitement est constitu� d'un certain nombre de comprim�s � prendre � telle heure, dans des conditions donn�es. Ce n'est pas un comprim� d'aspirine que vous avalez quand vous avez mal � la t�te. J'ai beaucoup pens� � �a.
De nombreux repr�sentants africains ont pris la parole, hier, � la table ronde, et ont parl� du sida. Alors, me souvenant de Durban, j'ai dit : "Si les pays industrialis�s fournissent l'argent pour les m�dicaments, notre pays, fort de l'exp�rience acquise par des dizaines de milliers de m�decins dans le ties monde, peut organiser cette infrastructure en un an." (Applaudissements.) Et qu'on n'aille pas parler de questions politiques, parce que nos m�decins ont des instructions rigoureuses de s'en tenir par-dessus tout � une r�gle : Ne jamais parler de politique, de religion et de philosophie. Et ils s'en tiennent � cette r�gle. S'il y a un pasteur protestant dans le coin, eh bien , ils travaillent avec lui. Le pasteur ne souhaite pas la mort de ses ouailles, et il coop�re, et il peut beaucoup aider � ce genre de programmes en persuadant les gens d'adapter telle ou telle mesure. Et les m�decins peuvent travailler tout aussi bien avec un chef religieux musulman ou avec le chef spirituel d'une religion africaine, ou avec un pr�tre catholique. Personne ne souhaite que les enfants meurent. Qui pourrait s'opposer � �a ?
Si cette �pid�mie terrible continue de progresser, les Africains ne pourront plus travailler, ne pourront produire d'aliments, et les quelques lits d'h�pitaux dont ils disposent ne suffiront plus, parce que le sida entra�ne d'autres maladies terribles.
� cette calamit� sanitaire, il faut ajouter des centaines de millions de palud�ens, nouveaux ou r�cidivistes, dont un million meurent tous les ans, et le d�c�s annuel de trois millions de tuberculeux, car la tuberculose est incontestablement en rapport avec la d�nutrition et le VIH. Rappelez-vous : seul 1 p. 100 des d�penses de recherche m�dicale dans le monde concerne les maladies tropicales.
Une fois install�e, l'infrastructure pourrait pr�ter d'autres services m�dicaux, et pas seulement la lutte contre le sida. Si vous disposez des m�dicaments et des vaccins requis, vous pouvez pr�venir ou soigner d'autres maladies qui causent de nombreux victimes, et ce sans beaucoup de frais. Cuba pourrait envoyer une centaine de m�decins au minimum dans chaque pays de l'Afrique subsaharienne o� les besoins sont les plus grands.
Ces m�decins organiseraient l'infrastructure, dirigeraient, formeraient des jeunes. Si on leur confie de jeunes auxiliaires d'une quinzaine d'ann�es, ayant termin� les �tudes primaires, ils peuvent, avec les livres de texte correspondants, les convertir en infirmiers en deux fois moins de temps que dans une �cole classique; s'il faut former des sp�cialistes en orthop�die, en chirurgie ou dans d'autres branches, ils peuvent le faire en deux fois moins de temps que dans une r�sidence en h�pital. Ces m�decins pourraient donc faire bien autre chose que cr�er simplement une infrastructure : former des dizaines de milliers de personnels qualifi�s. Et en plus, cr�er des facult�s de m�decine l� o� elles n'existent pas. Cuba ne se ferait pas payer un centime pour ces services, et n'attendrait pas des ann�es pour les mettre en oeuvre (applaudissements).
On nous dira qu'il n'y a pas d'argent. On pourrait en tirer un peu de celui qui se d�pense en publicit�, qui pousse � la consommation non seulement dans les soci�t�s d�velopp�es, mais m�me dans des pays sous-d�velopp�s o� des milliards de personnes ne peuvent jouir pratiquement d'aucune consommation, et en tirer aussi un peu des d�penses militaires qui se montent � 800 milliards de dollars (applaudissements).
On pourrait aussi �mettre des bons pour que de nombreuses personnes nobles dans le monde mais qui ne connaissent pas cette situation en ach�tent et contribuent ainsi � ces d�penses. Mieux encore : un petit imp�t de rien du tout sur les op�rations sp�culatives, et �a y est, vous avez de l'argent � revendre non seulement pour �a, mais aussi, pratiquement, pour d�velopper le tiers monde. �a saute aux yeux.
Pourquoi ne le fait-on pas ? Pourquoi parle-t-on des droits de l'homme tout en permettant que ces calamit�s continuent de se produire dans le monde ? Qui sont les responsables de la mort, tous les ans, de dizaines de millions de personnes qui pourraient se sauver, entre autres des enfants - dont plus de onze millions meurent - des adolescents, des jeunes et des adultes, qui meurent aussi faute d'assistance m�dicale, ou qui meurent d'une maladie non soign�e � temps, ou d'une malformation qu'on aurait pu arranger, ou qu'on pourrait sauver par une simple op�ration chirurgicale ou orthop�dique en cas d'accident ? Allez savoir combien de personnes meurent alors qu'on pourrait les sauver, ou � combien de personnes d'�ge avanc� on pourrait prolonger la vie ?
Un quinquag�naire souhaiterait pouvoir vivre dix ans, ou vingt ans ou trente ans de plus. Un septuag�naire aimerait vivre cinq, ou huit, ou dix ans de plus. Les gens de mon �ge, puisque vous avez rappel� que j'en avais soixante-quatorze, souhaiteraient vivre quatre ou cinq ans de plus, et m�me dix de plus, pour voir comment le monde �volue et si certaines des pr�dictions s'accomplissent.
Moi, personnellement, j'aimerais pouvoir profiter un peu plus de l'exp�rience que j'ai acquise durant tant d'ann�es de lutte au service du peuple (applaudissements). Mes adversaires parlent de "Castro au gouvernement depuis tant et tant d'ann�es", de "la dictature de Castro", de "la tyrannie de Castro", de "Castro qui est au pouvoir et qui ne veut pas le laisser", et je ne sais combien d'autres choses... Le pouvoir, si ce n'est pas pour en faire quelque chose, pour faire du bien, ne sert absolument � rien, et je serai bien fou de le vouloir (applaudissements).
D'ailleurs, comme je l'ai expliqu� � bien des visiteurs, je d�tiens bien peu de pouvoirs constitutionnels et l�gaux, un minimum. Je ne nomme m�me pas les ambassadeurs. Partout dans le monde, le pr�sident du pays nomme les ambassadeurs, les ministres. Pas moi : ni les ministres ni aucun fonctionnaire � un poste de l'Etat. Les ambassadeurs sont propos�s par une commission qui analyse les cadres et les soumettent au Conseil d'Etat, qui comprend trente et une personnes. � la fin, il m'incombe de signer la d�cision.
Pareil pour les gr�ces ou les commutation de peine en cas de peine capitale : ce sont les trente et un membres du Conseil d'Etat qui en d�cident.
Et d'ailleurs, peu m'importe. Un gouvernant ou un dirigeant n'a pas besoin de poste : tout ce qu'il lui faut, c'est de l'autorit� morale, un pouvoir moral (applaudissements).
En quarante et un ans, les seuls d�sordres publics � La Havane ont �clat� pr�s du port. Au moment de la "crise des balseros". La radio ennemie avait annonc� que des bateaux arrivaient des Etats-Unis pour recueillir des immigrants. Tout le monde savait que nous ne leur tirerions pas dessus et que nous ne tenterions jamais d'arraisonner des bateaux avec des gens � bord. Parce que nous l'avions interdit. En effet, quand les vedettes rapides en provenance des Etats-Unis avaient commenc� � s'approcher pour des op�rations de contrebande de personnes, l'une d'elle s'�tait situ�e pr�s de la c�te, � l'est de La Havane, et le personnel de surveillance, surpris devant ce fait inusit�, lui avait donn� l'ordre de stopper et avait tir�. Il y avait eu quelques bless�s, et peut-�tre un mort, je ne sais pas. Une autre fois, un tracteur qui tirait une remorque avec des gens dedans pour gagner la c�te avait tent� d'�craser un policier qui lui avait dit de stopper et d'autres qui l'accompagnaient avaient tir�, et l� encore il y avait eu des bless�s. �a faisait deux fois. � un autre moment, un bateau qui transportait du sable avait �t� d�tourn�e avec des gens � bord - tout ces faits stimul�s par la Loi d'ajustement - une vedette de patrouille avait fait quelques tirs sans atteindre personne, heureusement. Devant tous ces faits, les garde-fronti�res et toutes les autorit�s avaient re�u des instructions de ne pas tirer sur des bateaux avec des personnes � bord, de ne pas tenter de les arraisonner, m�me s'ils �taient au milieu de la baie de La Havane. � ce moment-l�, m�mes les vedettes de Regla - dont beaucoup de vous savent qu'elles font la navette entre cette localit� et la Vieille-Havane, faisaient l'objet de piraterie. Quelqu'un montait � bord avec un revolver, il avait des complices � bord, ils mettaient le pilote hors d'�tat de nuire et partaient. Personne ne les touchait.
Quant au fameux incident dont on parle tant au sujet du remorqueur 13 Mars, nous avons reconstitu� l'histoire dans tous ses d�tails parce que nous avons ordonn� de faire une enqu�te minutieuse. Des d�linquants sont arriv�s � l'endroit o� les remorqueurs du port �taient accost�s, sont mont�s � bord de l'un d'eux, ont neutralis� les gardiens, ont d�truit les communications et sont partis avec. Trois travailleurs sont mont�s � bord d'un second remorqueur, et trois ou quatre autres - je ne me rappelle plus tr�s bien - � bord d'un troisi�me, de nuit, sans rien dire � personne, et sont partis � la poursuite du premier pour tenter de l'intercepter. Personne ne savait rien, car plusieurs heures s'�taient �coul�es depuis le vol du premier remoqueur. D�s que les autorit�s pertinentes l'ont appris, elles ont donn� l'ordre aux garde-c�tes de prendre la route qu'ils suivaient pour �viter un incident et faire rentrer aussit�t les deux remorqueurs. C'�tait au petit matin, la mer �tait agit�e, avec des vagues. Avant l'arriv�e du garde-c�tes, un des remorqueurs poursuivants avait heurt� la poupe du remorqueur pirat� qui avait coul�. L'�quipage s'�tait alors efforc� de sauver plusieurs des naufrag�s, sans disposer toutefois des moyens ad�quats et craignant aussi d'�tre pirat�s � leur tour. Heureusement, le garde-c�tes est arriv� sur les lieux et son �quipage, malgr� les condtions difficiles et en pleine nuit, est parvenu � sauver vingt-cinq personnes, soit presque la moiti� des passagers, parce qu'il disposait de bou�es, de cordes et d'autre moyens de sauvetage. Voil� exactement ce qu'il s'est pass�. Mais nos ennemis ont aussit�t invent� une histoire et r�pandu une l�gende cinique sur cet incident.
Je vous assure que je n'exag�re pas et que je n'invente rien. J'aurais tout � fait honte de tenter de justifier quelque chose qui serait inf�me. Nous n'avons jamais suivi cette ligne de conduite. Il doit y avoir encore aux Etats-Unis bon nombre de mille deux cents prisonniers que nous avons captur�s � Playa Gir�n. Aucun d'eux ne peut dire qu'il a re�u un coup de crosse, bien que les envahisseurs aient tu� plus de cent compagnons et bless� des centaines de personnes. J'�tais sur place, personne ne me l'a racont�, et j'ai particip� moi-m�me � la capture de ces prisonniers. Je suis m�me pass� devant une escouade d'envahisseurs arm�s camoufl�s derri�re des mangroves qui m'ont vu � quelques m�tres et n'ont pas os� tirer.
� certains moments d'une bataille, l'adversaire perd le moral et plus personne ne tire. Ceux de cette escouade, pendant le proc�s, ont all�gu� de ce m�rite, autrement dit que j'�tais pass� devant eux alors qu'ils avaient des armes automatiques et qu'il ne m'avait pas tir� dessus. Bien le merci, bien entendu. Je n'aurais pas eu l'occasion de f�ter mes soixante-quatorze ans, et je leur en sais donc gr� (applaudissements). Mais aucun d'eux ne peut dire qu'il a �t� maltrait�, alors qu'ils avaient envahi notre terre arm�s et envoy�s par une puissance �trang�re.
Si �a s'�tait pass� � l'envers, vous savez tr�s bien qu'ils auraient �t� condamn�s au moins � la prison � vie. Et ici, quand vous �tes condamn�s � perp�tuit�, on ne vous lib�re pas facilement apr�s, comme on a pu le constater avec ces Portoricains qui �taient emprisonn�s ici depuis bien des ann�es et qui ont �t� lib�r�s r�cemment et qui ont d� souffrir bien longtemps avant de voir le fruit d'une longue lutte solidaire. Je ne sais pas combien de temps exactement ils sont rest�s en prison, peut-�tre quelqu'un de vous le sait-il (on lui dit : vingt ans).
Soeurs et fr�res, je peux vous assurer que quand nous condamnons � Cuba certains de ces mercenaires pay�s de l'�tranger pour r�aliser des actions subversives, il ne sont pas en prison depuis trois mois que les p�titions, les pressions et les lettres pleuvent de partout, en vertu d'un m�canisme bien huil� d'avance, pour que nous les relaxions. Je ne sais combien de contre-r�volutionnaire punis � juste titre nous avons remis en libert�, parce que la lutte dure depuis longtemps !
Au d�but de la R�volution, il y avait au moins trois cents organisations contre-r�volutionnaires qui r�alisaient des actions terroristes, et quand nous avons captur� ces mille deux cents mercenaires � Playa Gir�n, ils n'ont m�me pas fait deux ans de prison. Nous avons propos� � ceux qui les avaient envoy�s : Si vous payez une indemnisation en m�dicaments et en aliments pour les enfants, nous les remettons tous en libert�. Ensuite, certains d'entre eux ont commis des crimes, ont tu� des compagnons � nous � la suite d'attentats � la bombe. Si nous les avions incarc�r�s trente ans, nous aurions sauv� la vie de bien de nos compagnons, mais ce risque n'a pas influ�. Et c'est comme �a qu'un beau jour un bateau charg� de "h�ros" est arriv� aux Etats-Unis sans ennuis. On leur a remis un drapeau - je crois que c'est le pr�sident de l'�poque qui le leur a remis, � moins que ce ne soit l'inverse, pour qu'ils la fassent flotter un jour dans une Cuba libre. En fait, ces gens-l� n'avaient m�me pas sauver le moindre petit fanion, ni aucune arme, ni rien de tout �a. �a fait bien des ann�es de �a.
J'ai parl� ensuite avec un certain nombre de gens qui avaient particip� � cette exp�dition, et ils avaient chang� d'avis. C'�taient des gens diff�rents. L'homme peut changer.
Si je vous ai signal� l'exemple de Playa Gir�n, c'est parce qu'il d�montre la continuit� de la politique que nous avons suivie depuis la guerre dans la Sierra Maestra. Au cours des premiers combats, les soldats ennemis luttaient jusqu'� la derni�re balle parce qu'ils croyaient que nous allions les tuer. Apr�s, �a a chang�. Nous avons fait des milliers de prisonniers pendant la guerre. Nous soignions les bless�s � eux avant les n�tres. Nous n'avons jamais fusill� un prisonnier, ni m�me frapp� l'un d'eux. La Croix-Rouge internationale en est t�moin, elle poss�de les listes et les dossiers des centaines de prisonniers que nous avons captur�s pendant la derni�re offensive de Batista contre notre premier Front � l'�t� 1958. Et l�, n'importe qui peut v�rifier si nous avons frapp� ou fusill� un seul prisonnier.
C'�taient nos adversaires qui nous fournissaient les armes. Ils venaient d'autres provinces, et quand ils se voyaient perdus, ils ne luttaient plus jusqu'au bout, comme au d�but. Ou plut�t, ils luttaient en r�gle g�n�rale, ils opposaient une forte r�sistance, mais quand ils se voyaient perdus, ils se rendaient. Certains se sont m�me rendus � trois reprises. Pourquoi ? Parce que nous suivions une politique avec l'ennemi, de la m�me mani�re que nous avions une politique envers la population. Eux, quand ils arrivaient, ils tuaient des civils, ils mettaient le feu � des logements, ils volaient tout, ils ne payaient rien. Et nous, quand nous arrivions, nous payions tout ce que nous achetions. S'il n'y avait personne, nous laissions l'argent chez un voisin ou ailleurs. Et tout le temps que la guerre a dur�, sur le Premier Front de la Sierra Maestra d'o� sont issues toutes les autres colonnes, nous avons suivi la m�me doctrine de guerre, la m�me doctrine politique, et je ne me souviens d'aucun cas de combattant qui ait manqu� de respect envers la m�re ou la fille dans une famille paysanne.
Quand nous avons d�barqu�, nous avons �t� dispers�s par une attaque. Et c'est � partir de sept hommes arm�s que nous avons gagn� la guerre en moins de vingt-quatre mois, en luttant contre des forces qui comptaient quatre-vingt mille hommes entre les soldats, la marine et la police. Et nous avons vaincu avec l'aide du peuple. Pourquoi ? Parce que nous d�fendions une cause juste, en premier lieu (applaudissements), et ensuite, parce que nous avions une politique envers les paysans et envers le peuple en g�n�ral, mais aussi une politique envers l'adversaire. Sans cette politique-l�, notre victoire n'aurait pas �t� possible, ni en deux ans ni en trente ans, � supposer que nous ayons fait les autres choses � peu pr�s bien.
Ces traditions se sont conserv�es jusqu'� nos jours. Vous pouvez interroger les Sud-Africains qui ont �t� prisonniers de nos troupes pour voir si quelqu'un les a frapp�s, si un seul a �t� fusill�. Parce que notre politique de guerre, nous l'avons propag�e et transmise � tous ceux avec lesquels nous coop�rions. Je n'en dis pas plus, parce qu'il y a beaucoup d'endroits ou les combattants s'entretuent. C'est comme �a.
Quant � nous, pendant notre guerre et pendant nos missions internationalistes, nous n'avons frapp� ni fusill� un seul prisonnier. Et il existe des t�moins vivants de tout ce que je vous dis. Et �a, bien entendu, �a vous donne de l'autorit� et du moral.
J'en reviens maintenant aux d�sordres qui sont produits � La Havane, le 5 ao�t 1994. M�me la police �tait surprise. Ce n'�tait jamais arriv� dans notre pays. Des groupes de civils, qui se montaient � plusieurs centaines de personnes, avaient commenc� � briser des vitrines et des vitres de maison � coups de pierres, et les gens �taient � moiti� d�concert�s. Quand j'ai appris la nouvelle en me rendant � mon bureau, on me dit ce qu'il se passe. Et je dis : que la police ne bouge pas. J'ai alert� mon escorte, neuf hommes qui �taient avec moi, j'avais demand� trois jeeps, parce que je voulais m'y rendre dans une jeep, et non dans une voiture blind�e ou de s�curit�. Les jeeps sont donc arriv�es. Il y avait l� les neuf hommes de mon escorte, un compagnon qui est ici, qui travaillait alors avec moi et que vous connaissez, Felipe P�rez Roque, notre brillant ministre des Relations ext�rieures (applaudissements), et le compagnon Lage, qui nous a rejoint en chemin. Au total, douze personnes.
Nous nous sommes rendus � l'endroit des tumultes. L'escorte avait re�u des instructions formelles de ne pas utiliser ses armes. Nous sommes donc arriv�s, je suis descendu, j'ai commenc� � avancer, et la population a aussit�t r�agi. Les troubles ont cess� en quelques minutes, et m�me ceux qui lan�aient des pierres ont �t� pris par la contagion. Nous sommes descendus en masse jusqu'� l'avenue du front de mer et nous sommes revenus � pied par le m�me chemin. Voil� le style de la R�volution, maintenant et toujours (applaudissements).
On n'a jamais vu dans notre pays un seul camion-pompe en train de lancer des jets d'eau contre les gens, on n'a jamais vu de ces policiers qui portent des esp�ces de scaphandres qui les font ressembler � des gens venus d'une autre plan�te, qui portent je ne sais combien de trucs sur eux, pour r�primer des manifestants et utilisant des m�thodes brutales ! �a n'est jamais arriv� dans notre pays. Nous payons n'importe quoi � la personne qui pourrait montrer une seule photo de ce genre.
Dans les premi�res ann�es de la R�volution, il y avait trois cents organisations contre-r�volutionnaires, des bandes arm�es dans tout le pays, des milliers de gens en prison. Et quand j'allais en visite � l'�le des Pins, qui est maintenant l'�le de la Jeunesse, j'allais voir ces prisonniers qui travaillaient dans les champs et qui portaient des machettes, des haches, des choses de ce genre, et ils n'ont jamais tent� de m'attaquer !
J'ai eu aussi plusieurs r�unions avec les prisonniers de Playa Gir�n, je suis m�me all� les voir en prison quand ils ont �t� condamn�s. Aucun d'eux n'a fait preuve d'irrespect !
Nul ne sait ce que vaut la morale et une ligne de conduite digne. C'est la force la plus puissante que vous puissiez avoir (applaudissements).
Je vous ai parl� des voyages, des menaces qui p�sent sur moi. Je vous ai m�me dit que j'aimerais pouvoir vivre quelques ann�es de plus, mais je peux vous assurer aussi en tout honn�tet� que je ne changerai pas un seul principe, que je n'accepterai pas un seul d�shonneur, pas une seule menace en �change de la vie (applaudissements).
Voil� pourquoi je vous ai dit que je m'�tais senti content quand j'ai commenc� mon voyage vers votre pays, ou plut�t vers New York, parce que je n'ai pas de visa pour visiter tout le pays. Rien que New York, et pas plus de quarante kilom�tres autour. Pas un millim�tre de plus. Et ma satisfaction naissait du m�pris que je pouvais afficher vis-�-vis de cette pluie de menaces contre moi et de mon envie de vous rencontrer.
Ces �l�ments-l� que je vous apporte vous seront peut-�tre utiles � des gens comme vous qui avez �t� si courageux et si solidaires.
Je vous ai parl� des graves probl�mes sociaux du tiers monde. Mais il y a aussi de graves probl�mes sociaux dans un pays aussi riche que celui-ci, le plus riche du monde. Et je veux en signaler certains.
Trente-six millions de personnes y vivent en-dessous du seuil de pauvret�, soit 14 p. 100 de la population, autrement dit deux fois que la moyenne des autres pays d�velopp�s, deux fois plus que l'Europe ou le Japon.
Quarante-trois millions de personnes n'ont pas d'assurance-sant�, et trente autres millions ont une couverture m�dicale si maigre qu'elle est pratiquement inexistante.
On y compte 30 millions d'analphab�tes et 30 autres millions d'analphab�tes fonctionnels. Ce ne sont pas des inventions de Cuba, mais des chiffres officiels d'organismes internationaux.
Parmi les Noirs, le taux de pauvret� se monte � 29 p. 100, alors que la moyenne g�n�rale est de 14 p. 100, soit plus du double. Et chez les enfants, ce taux s'�l�ve � 40 p. 100. Et d�passe 50 p. 100 dans certaines villes et r�gions rurales des Etats-Unis.
Bref, malgr� l'expansion �conomique, le taux de pauvret� dans la soci�t� nord-am�ricaine d�passe de deux � trois fois celui de l'Europe de l'Ouest. 22 p. 100 des enfants nord-am�ricains vivent dans la pauvret�. Ce sont des chiffres officiels.
Seuls 45 p. 100 des travailleurs du priv� ont la s�curit� sociale.
On estime que 13 p. 100 de la population nord-am�ricaine ne d�passera pas soixante ans.
� travail �gal, les femmes gagnent 73 p. 100 de moins que les hommes et constituent 70 p. 100 des travailleurs � mi-temps, ce qui ne leur donne droit � aucun avantage social.
De 1981 � 1995, 85 p. 100 des nouveaux travailleurs ayant plus d'un emploi �taient des femmes.
Le un pour cent de la population la plus riche qui poss�dait 20 p. 100 des biens en 1975 en poss�de maintenant 36 p. 100. L'�cart se creuse.
Des 3 600 condamn�s � la peine capitale qui peuplent les couloirs de la mort des prisons nord-am�ricaines, il n'y a pas un seul millionnaire, pas un seul membre de la classe moyenne haute. On pourrait se demander pourquoi. Vous pouvez sans doute r�pondre mieux que moi. Je n'accuse personne, je dis ce qui se passe.
Il semble qu'il faille atteindre la cat�gorie de millionnaire pour acqu�rir la d�cence et le discipline n�cessaires pour ne jamais �tre condamn� � une peine de ce genre.
J'ai d'autres chiffres qui sont un peu durs, mais je dois les donner.
Dans toute l'histoire des Etats-Unis, on ne conna�t pas un seul cas d'un Blanc ex�cut� pour avoir viol� une Noire (applaudissements).
Pourtant, tant que le viol a �t� passible de la peine capitale, des 455 personnes ex�cut�es � ce titre, 405 �taient Noirs, soit 9 sur 10.
Dans l'Etat de Pennsylvanie, par exemple, o� l'ind�pendance a �t� proclam�e en 1776, alors que les Afroam�ricains ne repr�sentent que 9 p. 100 de la population, ils constituent pourtant 62 p. 100 des condamn�s � mort, soit sept fois plus.
Un autre d�tail. Plus de 90 p. 100 des 3 600 condamn�s � mort ont �t� victimes dans leur enfance de violences physiques ou sexuelles.
Selon une �tude r�cente d'une organisation non gouvernementale, les Noirs ont treize fois plus de possibilit�s d'�tre condamn�s � de longues peines de prison que les Blancs en cas de probl�mes de drogue, alors que les trafiquants blancs sont cinq fois plus nombreux que les trafiquants noirs.
Plus de 60 p. 100 des femmes emprisonn�es aux Etats-Unis sont des Afroam�ricaines ou des Latinas.
Peut-�tre que nous sommes tous des criminels-n�s, nous les Latino-Am�ricains, ou tous les Afroam�ricains, ou ceux des autres ethnies, et que nous commettons pratiquement tous les d�lits.
Je ne d�fends pas le crime, tant s'en faut. Je ne suis pas non plus en mesure de savoir dans tous les d�tails comment se d�roule les proc�dures et ce qu'il se passe d'ordinaire. Je me demande simplement pourquoi, je me demande simplement si nous sommes g�n�tiquement des criminels, auquel cas peu importerait que disparaisse toute l'Afrique subsaharienne, tous les Indiens, les m�tis et les Blancs d'Am�rique latine, et tous les habitants des Cara�bes, y compris, nous, les Cubains. C'est une question qu'on est en droit au moins de se poser. J'ai d�j� v�cu soixante-quatorze ans, comme vous l'avez rappel�, et j'ai connu bien des gens dans ma vie.
Je suis n� � la campagne, j'�tais fils d'un gros propri�taire terrien. Mon p�re avait d'abord �t� un paysan pauvre d'origine espagnole. Il �tait d'abord all� � Cuba comme soldat recrut� lors de la derni�re guerre d'Ind�pendance, sans avoir jamais �t� � l'�cole. � la fin de cette guerre de 1895-1898, il a �t� rapatri� en Espagne. Il est retourn� � Cuba motu proprio. Il y a travaill�; au fil des ann�es il a fini par r�unir des terres et diriger une centaine de travailleurs agricoles immigrants comme lui ou cubains. C'�tait l'�poque o� l'United Fruit Company, pour d�velopper ses plantations de canne � sucre dans la n�ocolonie instaur�e � Cuba, coupait et br�lait les for�ts d'essences pr�cieuse, celles qui avaient servi � construire le fameux palais de l'Escurial et m�me le navire de guerre le plus gros de l'�poque de l'amiral Nelson, coul� � la bataille de Trafalgar. Ces bois avaient un prestige sp�cial, et mon p�re a particip� � ces coupes de bois et d'essences pr�cieuses avec ces hommes qu'il avait recrut�s. Qui pourrait lui en faire reproche ?
En tout cas, il a r�uni de l'argent et il a achet� peu � peu des terres, de nombreuses terres, au point qu'il a fini par en poss�der neuf cents hectares � lui et plus de dix mille � bail. C'est dans ce grand domaine que je suis n� et que j'ai grandi. J'ai �t�, et c'est une chance, fils de propri�taire terrien, et non petit-fils, et je n'ai donc pas pu acqu�rir une culture et une mentalit� de la classe riche. �tre r�volutionnaire n'implique aucun m�rite, �a d�pend de nombreux facteurs. Ainsi, tous mes amis �taient des enfants et des adolescents pauvres de mon �ge. J'ai connu les baraquements des environs, aussi bien sur les terres de ma famille que dans les �normes plantations de grandes soci�t�s nord-am�ricaines, o� vivaient de nombreux �migr�s ha�tiens. Leurs conditions de vie et de travail �taient pires que celles des esclaves, bien que l'esclavage ait cens� avoir �t� aboli � Cuba en 1886. Ce n'est pas �a qui m'a fait r�volutionnaire, mais �a m'a aid� � comprendre plus tard les r�alit�s et les injustices sociales du pays o� j'�tais n�.
Je vais ajouter quelque chose aux r�flexions que j'�tais en train de faire. Vous avez mentionn� voil� quelques minutes le nom d'un Afroam�ricain r�cemment ex�cut�. Vous savez que notre peuple a condamn� avec la plus grande �nergie l'assassinat l�gal de Shaka Sankofa pour un crime qu'il n'a pas commis (applaudissements), malgr� les protestations unanimes de l'opinion publique mondiale et m�me de beaucoup de gouvernements.
J'ai demand� pas mal d'informations, des donn�es, des d�tails � ce sujet. J'ai m�me consult� des plans, des croquis de l'endroit o� se sont produits les faits dont on l'accusait. Le fait que le seul t�moin qui a dit l'avoir reconnu, la nuit, se trouvait � une certaine distance, et l'a juste entrevu d'un seul coup d'oeil - autrement dit quelque chose que m�me la cam�ra la plus sensible n'aurait pas pu enregistrer - et d'autres facteurs m'ont conduit � la conviction qu'il �tait innocent. Je ne le dis pas parce que quelqu'un d'autre l'a affirm�, mais parce que j'ai analys� tous les faits et que je me suis convaincu (applaudissements). J'ai m�me analys� son origine sociale, la marginalisation dans laquelle il a grandi, les premiers probl�mes qu'il a eus avec la justice. Et j'en ai parl� � notre peuple comme un exemple des vrais facteurs qui contribuent � ce qu'un jeune, Noir, Blanc ou d'une autre ethnie, commette un d�lit. Je suis aussi avocat. Je m'y connais un peu en droit. Je me suis d�fendu moi-m�me quand on m'a jug� lors de l'attaque de la caserne Moncada. J'ai d� le faire plus d'une fois apr�s que je sois devenu avocat. Je n'avais presque pas d'autre client (rires). Et si je n'�tais pas arriv� � cette conviction, j'agirais comme un vulgaire d�magogue de vous avoir dit �a (applaudissements).
Nous avons organis� dans notre pays une table ronde t�l�vis�e � laquelle ont particip� des personnalit�s �trang�res, dont j'aper�ois une d'ici.
Je sais aussi que vous �tes lanc�s depuis longtemps dans une autre lutte tr�s juste, une lutte que notre peuple soutient aussi � fond : la lib�ration du journaliste Mumia Abu-Jamal (exclamations et applaudissements prolong�s), condamn� � mort et dont la peine injuste a soulev� un mouvement d'opinion gigantesque dans le monde entier.
Si on va plus loin et qu'on analyse les faits historiques pour savoir quel est ce Blanc ex�cut� pour viol - contre neuf Afroam�ricains, je le rappelle - quels sont ces cinquante Blancs ex�cut�s au total, on retrouve toujours, ind�pendamment d'autres facteurs, la marginalisation sociale. Et dans le cas des Afroam�ricains, il faut ajouter � la marginalisation sociale la discrimination raciale. Et vous avez ainsi des dizaines de millions de personnes victimes d'une horrible injustice, m�me si elles ne sont pas condamn�s � la peine capitale ou � l'incarc�ration, parce qu'elles naissent vou�es � l'humiliation tous les jours de leur vie.
Je suis plus ou moins Blanc. Plus ou moins, parce qu'il n'existe pas d'ethnie pure. Je me rappelle avoir visit� les Etats-Unis en 1948, en noviembre. Je me rappelle le mois parce que �a a co�ncid� avec l'�poque o�, contre tous les pronostics, Truman avait remport� les �lections. J'�tais all� � Harvard parce que je voulais faire des �tudes d'�conomie. J'avais d�j� des id�es r�volutionnaires, mais je voulais me doter de meilleures connaissances. Ensuite, je suis rentr� de New York � bord d'une voiture bon march� qui avait d� me co�ter deux ou trois cents dollars, ce genre de voiture qu'on vous vend quasiment au prix de la ferraille, pour prendre le ferry en Floride et rentrer � Cuba. J'ai donc d� m'arr�ter plusieurs fois en chemin pour manger quelque chose ou acheter quelque chose. J'ai pu constater � plus d'une reprise le m�pris avec lequel on me traitait tout simplement parce que parlais une autre langue ou parce que j'�tais Latino-Am�ricain. J'ai senti la discrimination, non seulement contre ceux qui appartenaient � une autre ethnie, mais aussi contre les gens d'une autre nationalit�, d'une langue diff�rente.
Ensuite, je suis revenu juste quelques jours aux Etats-Unis, � la fin de 1955, je crois. Je vivais alors au Mexique, je pr�parais le retour � Cuba. Je suis venu ici � New York et � d'autres endroits, pour rencontrer les rares �migrants cubains qui vivaient aux Etats-Unis, parce que la Loi d'ajustement cubain n'existait pas � l'�poque - personne ne pouvait entrer sur une vedette ou un radeau - et il n'existait pratiquement pas de Cubains ill�gaux. En fait, c'est la R�volution qui a ouvert les portes des Etats-Unis � des centaines de milliers de personnes qui voulaient �migrer et n'avaient aucun espoir de pouvoir le faire. Ceux qui ha�ssent tant Cuba, la R�volution, et moi en particulier, je pourrais leur rappeler de remercier de temps � autre la R�volution, parce que sans elle, il n'y aurait pas beaucoup de Cubains millionnaires (applaudissements), sans elle il n'y aurait cette pr�tendue Fondation national cubano-am�ricaine (sifflements), sans elle un certain nombre de Cubains ne seraient pas aujourd'hui membres du Congr�s et ne pourraient pas promouvoir la moindre loi, ne seraient pas si convoit�s dans les campagnes �lectorales, on ne les satisferait pas autant chaque fois qu'ils demandent quelque chose, bien que la plupart de ces gens-l� ne votent pas, parce que, compte tenu des privil�ges qu'on leur conc�de, il leur convenait plus de rester Cubains que de devenir citoyens nord-am�ricains.
Ce que je viens de dire, je peux le prouver d'une mani�re irr�futable. Un jour, j'ai demand� les statistiques pour savoir, par exemple, combien de permis de r�sidence les Etats-Unis avaient octroy�s dans les trente ann�es ayant pr�c�d� la R�volution. Des quantit�s insignifiantes dans les ann�es 30 et 40, et � peine deux � trois mille de 1950 � 1959.
Bref, je le r�p�te, c'est la R�volution qui a ouvert les portes des USA � des centaines de milliers de personnes qui voulaient �migrer et qui n'avaient aucun espoir de le faire.
Dans les premiers jours de 1959, on le sait, un grand nombre de criminels de guerre, de concussionnaires et de complices de Batista, qui avaient assassin� des milliers de Cubains et mis le pays � sac, se sont r�fugi�s aux Etats-Unis. Ensuite, les premi�res lois r�volutionnaires, la r�cup�ration des biens mal acquis, la baisse des tarifs des services essentiels, la r�int�gration des ouvriers injustement licenci�s sous la tyrannie, les r�formes urbaine et agraire, et d'autres mesures de justice sociale �l�mentaire, ont terroris� les secteurs les plus riches de notre soci�t� qui se sont mis � leur tour � �migrer aux Etats-Unis.
D�s les premiers jours de la R�volution, les Etats-Unis ont commenc� � d�livrer des visas, surtout aux personnes des classes haute et moyenne, aux m�decins et aux autres professions lib�rales, aux professeurs universitaries, aux enseignants, aux techniciens et aux travailleurs qualifi�s, dont beaucoup avaient toujours r�v� d'�migrer. Nous avons pu constater presque tout de suite l'hostilit� contre la R�volution et l'intention de nous priver de nos personnels qualifi�s, et c'est ce vol de cerveaux qui a stimul� la R�volution � entreprendre presque aussit�t ses grands efforts d'�ducation. Les autorit�s nord-am�ricaines avaient aussi besoin d'anciens officiers de Batista et de jeunes pour pouvoir constituer la brigade mercenaire d'attaque, mais c'�tait l� un plan que personne ne connaissait encore. En tout cas, les d�parts l�gaux aux Etats-Unis ont toujours �t� autoris�s, et les vols se sont m�me maintenus pendant les journ�es de Playa Gir�n. Ce sont les USA qui les ont suspendus soudainement apr�s la crise d'Octobre. Les vols et la d�livrance de visas. Si bien que des dizaines de milliers de familles se sont retrouv�es s�par�es. Mais, m�me avant la Loi d'ajustement cubain, en 1966, les autorit�s nord-am�ricaines accueillaient tout Cubain qui arrivait par ses propres moyens ou en d�tournant un bateau ou un avion.
Apr�s l'�pisode de Camarioca, 360 000 Cubains sont partis librement, d'une fa�on tout � fait l�gale, s�re, sans la moindre victime. Entre eux, en plus des proches de ceux qui viviaient d�j� aux Etats-Unis, un grand nombre de membre des professions lib�rales et de professeurs qui pouvaient y gagner dix fois plus qu'� Cuba, des ouvriers qualifi�s et des techniciens d'industries importantes. Il s'agissait bel et bien d'�migrants �conomiques. Et pourtant, on les a tous affubl�s du qualificatif de "r�fugi�s politiques" ou d'"exil�s". Si on appliquait ce concept � tous les Mexicains ou aux autres Latino-Am�ricains qui �migrent aux Etats-Unis, il y aurait maintenant de douze � quinze millions de r�fugi�s politiques mexicains (applaudissements), un million de r�fugi�s politiques ha�tiens, un million de r�fugi�s politiques dominicains, des centaines de milliers de r�fugi�s politiques centram�ricains, et allez savoir combien de Portoricains (applaudissements). Mais les Portoricains sont des patriotes qui aiment leur pays. Pourquoi partent-ils aux Etats-Unis. Pour des raisons �conomiques. Ils sont presque aussi nombreux ici que dans leur �le. Ils peuvent se r�unir � un million de personnes � New York, et nous les avons vus cette ann�e-ci d�fendre la juste cause de Vieques (applaudissements).
Sur ce point, nous avons organis� une table ronde t�l�vis�e avec des personnalit�s �trang�res d'un grand prestige. Je dois vous dire que ces tables rondes sont t�l�vis�es par satellite et notre t�l�vision les transmet aussi par l'Internet, avec une traduction en anglais, bien entendu, qui est la langue la plus parl�e au monde. Malheureusement, il ne doit y avoir que 1 p. 100 d'Africains � avoir acc�s � l'Internet, et il faut s'adresser � eux par radio. C'est pareil pour l'Am�rique latine.
Sur cette question de la communication et de la collaboration avec les pays du tiers monde, je tiens � vous dire que nous avons mis au point une m�thode pour apprendre � lire et � �crire par radio. Cette id�e nous est venue quand j'ai demand� au pr�sident nig�rien, en visite � Cuba, le taux d'analphab�tisme dans son pays. R�ponse: 87 p. 100, et une couverture scolaire de seulement 17 p. 100. Nous f�tons l'entr�e dans le prochain si�cle et le prochain mill�naire. Dites-moi un peu � quel si�cle du troisi�me mill�naire le Niger, qui est aussi peupl� que Cuba, aura �limin� l'analphab�tisme ?
Je pensais alors que notre pays, avec ses onze millions d'habitants, autant que le Niger, donc, comptait 250 000 instituteurs et professeurs. Le taux par habitant le plus �lev� du monde, pareil que pour les m�decins. Quand vous connaissez ce taux d'analphab�tisme au Niger et quand vous savez que la mortalit� infantile jusqu'� cinq ans est de 200 pour 1 000 naissances vivantes, soit vingt-cinq fois plus qu'� Cuba, vous ne pouvez pas ne pas vous poser la question : quand, quand, quand ? Je demande donc au pr�sident nig�rien : Les gens ont-ils la radio ? Il me r�pond : Oui, presque toutes les familles l'ont. Je redemande : Comment �a, s'ils n'ont pas l'�lectricit� ? Il me dit : Oui, parce qu'il existe un appareil japonais, qui co�te tant, et qui fournit de l'�lectrict� pour la radio.
Alors, j'ai sugg�r� � un groupe de p�dagogues cubains d'�tudier la possibilit� d'apprendre � lire et � �crire par radio, l'id�e de base �tant de mettre au point un petit manuel qui, � partir d'images d'animaux, de plantes et d'objets usuels, permettrait d'identifier les lettres de l'alphabet et d'�laborer des syllabes, des mots, des phrases, et d'introduire des concepts. Le tout, sous la direction de ma�tres sp�cialis�s. Nos p�dagogues ont mis au point en trois mois une m�thode qui a �t� test�e en cr�ole en Ha�ti aupr�s de trois cents analphab�tes, et qui a donn� des r�sultts vraiment prometteurs. Elle va bient�t �tre test�e aupr�s de trois mille personnes. Un cours d'alphab�tisation t�l�vis� serait plus simple, mais la plupart des analphab�tes du monde n'ont pas acc�s � la t�l�vision. Nos sp�cialistes en p�dagogie qui ont �labor� la m�thode, et qui ont dirig� et suivi l'exp�rimentation, sont �tonn�s. Cette m�thode est d�j� au point en cr�ole, donc, mais aussi en fran�ais et en portugais.
Cuba peut donc pr�ter une autre forme de coop�ration au tiers monde, pour apprendre � lire et � �crire � des centaines de millions de personnes � un co�t vraiment d�risoire (applaudissements). Qu'on arr�te donc de parler des huit cent millions d'analphab�tes adultes, alors que rien qu'en utilisant la radio, qui n'est pas l'Internet ni la t�l�vison, loin de l�, on peut parfaitement les alphab�tiser !
Nul ne sait � quel point quelqu'un qui ne sait pas lire ni �crire se sent humili�. Je me souviens beaucoup de ma m�re et de mon p�re qui savaient � peine lire et �crire, et je suis t�moins de leurs souffrances. Je le sais. Et �a explique la soif de connaissances que je constate dans notre peuple. M�me apr�s avoir termin� le premier cycle ou le deuxi�me cycle du second degr�, ils ont une soif insatiable d'apprendre plus. C'est l� quelque chose que nous avons d�couvert et c'est pour �a que nous avons pr�par� des programmes - j'esp�re que vous pourrez les conna�tre un jour - qui sont tout simplement �tonnants, en qu�te d'une culture g�n�rale et int�grale massive. Nous allons m�me donner des cours de langue.
Je vais m�me vous dire autre chose. La bataille pour le retour d'Eli�n a permis de r�v�ler au plein jour, au grand �tonnement de tous, le talent de nos enfants. Et alors, � la rentr�e scolaire, l'Etat a d�pens� 4,6 millions de dollars pour �quiper chaque �cole d'un t�l�viseur couleur 20 pouces pour cent �l�ves du primaire et du secondaire, qui se montent � 2,4 millions (applaudissements), et 1,5 million de dollars pour acheter 15 000 magn�toscopes. De sorte que les m�dias viennent maintenant soutenir � fond, dans notre syst�me scolaire, le travail de nos plus de deux cent cinquante mille instituteurs et professeurs.
Je dois aussi vous dire que notre t�l�vision, � partir d'octobre, transmettra de sept � neuf heures du matin un cours de techniques narratives donn� par un de nos intellectuels les plus capables, et, � partir du 1er novembre, de sept � huit, un cours de langue espagnole trois fois par semaine. Une bonne partie de notre population ne se souvient plus des r�gles de grammaire qu'elle a appris voil� bien longtemps. Je dis en blaguant que nous ne parlons plus espagnol, mais patois. Trois fois par semaine en espagnol, et deux par semaine en anglais. Ne soyez pas �tonn�s : l'anglais est une langue universelle. Des si�cles de colonialisme britannique et environ cent ans de - je vais �tre tr�s raffin� - d'une influence nord-am�ricaine �norme en ont fait une langue universelle. Mais comme il n'existe pas de brevets sur les langues, nous l'utiliserons ! Presque tous les livres scientifiques et litt�raires se publient d'abord en anglais. On m'en fait de cadeau de beaucoup, et ils sont en anglais. Nous allons donc r�pandre le plus massivement possible l'�tude de l'anglais, et les cours t�l�vis�es sont en pr�paration. Des milliers de professeurs les suivront, ou les enregistreront et les verront � l'�cole m�me, sans avoir � se d�placer.
Aussit�t apr�s, nous allons offrir des cours de fran�ais. Nous aspirons � ce que tous nos concitoyens ou l'immense majorit�, en tout cas, selon l'�ge, connaissent trois langues : l'espagnol, l'anglais et le fran�ais (applaudissements), et ce, � un co�t minime: l'�lectricit� pour les transmissions et les textes qui seront envoy�s � tous ceux qui suivront directement les cours et aux citoyens qui les demandent. Dans ce dernier cas, nous ferions payer les co�ts de production et de distribution. Ce sont des cours pour tout le monde et nous allons les stimuler.
Je pense que ce que je vous raconte remplira de satisfaction pratiquement tous nos compatriotes.
J'ai demand� un jour � notre ministre de l'Education : Combien de professeurs d'anglais te manquent-ils dans le secondaire ? Il m'a r�pondu : Deux mille. Je lui ai dit: Tu en as de trop. N'allez pas croire que nous allons r�duire la quantit� de professeurs du secondaire ou de licenci�s en enseignement primaire. Au contraire. Nous allons les augmenter pour pouvoir r�duire la quantit� d'�l�ves par professeur. C'est l� notre bataille pour �lever la qualit� de l'enseignement. Mais nous allons utiliser les m�dias, la t�l�vision, une t�l�vision sans publicit�, au service de l'�ducation et d'une culture g�n�rale int�grale massive (applaudissements).
Je pense que notre pays est entr� dans une nouvelle �tape, une �tape totalement nouvelle. Je n'en dis pas plus (applaudissements).
Je n'ai pas tenu parole d'�tre bref (applaudissements). Juste quelques petites minutes de plus.
Je vous avais promis de parler de deux choses. Le petit Eli�n, d'abord. Eh ! bien, il se porte comme un charme (applaudissements). Vous n'avez pas id�e � quel point il est heureux, intelligent, s�rieux. C'est quelque chose d'extraordinaire. Il n'a pas �t� accueilli par des foules, comme nous l'avions promis, seulement par son �cole et sa famille la plus proche. Aucun des dirigeants du parti et de l'Etat n'�tait l�. La famille est rest�e six minutes sur l'a�roport pour saluer les gens qui �taient venus et elle a abandonn� ensuite l'a�roport avec Eli�n. L'enfant n'a perdu aucun jour de classe, m�me pas le jour o� il est parti des Etats-Unis. Ici, en deux mois, avec le soutien de sa famille, de son institutrice et de ses petits camarades de classe, il avait fait des progr�s extraordinaires. Ensuite, de retour � Cuba, du 29 juin au 28 juillet, il a suivi des cours intensifs, toujours avec ces m�mes petits camarades. Il devait encore apprendre un certain nombre de sons. Il a pu atteindre le niveau de ses camarades et il a pu passer au cours �l�menaire 1re ann�e.
Son papa insistait pour que je fasse sa connaissance. Je lui ai dit : J'attendrai la fin du cours. Et je l'ai fait tr�s discr�tement.
Le probl�me, maintenant, c'est que faire pour que cet enfant ait une vie normale, des classes normales. Tout le monde conna�t cet enfant. Nous avons pu compter sur le soutien de la population, sur la conspiration de tout un peuple : quand il va � l'�cole, ne pas le suivre, ne pas crier de slogans, le traiter comme tous les autres enfants. On n'a transmis des images de lui � la t�l�vision que tr�s peu de fois, parce que la population le demande. Mais jamais aucune interview directe de l'enfant, il appara�t avec sa famille, des sc�nes de ce genre, et toujours tr�s bref. On y veille strictement.
Il a commenc� son nouveau cours � la rentr�e scolaire, il vit dans la m�me maison qu'avant, il va � la m�me �cole, il a les m�mes institutrices, autrement celle qui a �t� � Wye Plantation et l'autre qu'on a emp�ch� de venir, car elles assurent un roulement jusqu'au cours moyen premi�re ann�e, et il a aussi les m�mes camarades de classe. Son papa recommence au milieu de ce mois-ci � travailler dans le modeste centre o� il �tait avant, comme il le d�sire. Tout le monde l'invite, parce que ce n'est pas seulement l'enfant : il a acquis lui aussi dans notre pays un prestige extraordinaire. Il a r�sist� � tout, m�me quand on a tent� de l'acheter au prix de son propre enfant et qu'on lui promettait de le lui rendre s'il restait vivre aux Etats-Unis, ou quand on lui promettait des millions. Et il n'a pas h�sit� une seule seconde (applaudissements). Il me semble que c'est un exemple. Je ne vais pas m'�tendre plus, nous vous enverrons des documents l�-dessus pour que vous ayez des informations sur l'enfant.
Cet enfant doit recevoir une �ducation optimale. � quoi bon avoir tant lutt� pour son retour s'il n'est pas vraiment un bon �l�ve et un bon citoyen. Le p�re et le fils constituent un exemple pour notre peuple et, en quelque chose, un exemple pour bien des millions de personnes dans le monde.
Notre peuple ne cessera jamais de vous remercier de vous �tre tant inqui�t�s, de remercier les l�gislateurs qui ont pris la parole ici et d'autres qui se sont tant battus, de remercier le Conseil des Eglises, et les diff�rentes Eglises qui ont d�fendu en toute honn�tet� une cause si juste.
Notre peuple n'oubliera pas non plus tout ce qu'a fait le peuple nord-am�ricain qui a soutenu si massivement les droits l�gitimes du p�re et de l'enfant, et ne cessera de l'en remercier (applaudissements). Je me suis dit une fois de plus : Le peuple nord-am�ricain est tr�s id�aliste. Pour qu'il soutienne une cause injuste, il faut d'abord le tromper, lui faire croire, comme pour le Viet Nam et ailleurs, que c'�tait juste. Dans le cas d'Eli�n, il a appris la v�rit� gr�ce � une s�rie de facteurs, notamment gr�ce aux m�dias qui ont diffus� ces vues de quatre cent mille m�res cubaines d�filant sur l'avenue du front de mer, des centaines de milliers d'enfants d�filant aussi, du millon de personnes d�filant au m�me endroit, au cours de cette lutte qui a dur� sept mois et qui se poursuit maintenant contre la Loi d'ajustement cubain, � cause des victimes qu'elle provoque, contre la loi Torricelli, contre la loi Helms-Burton, contre le blocus et la guerre �conomique, bref pour le respect et la paix de notre peuple. Nous l'avons jur� � Baragu�, o� Antonio Maceo a fait conna�tre sa protestation historique, et c'est pour ces objectifs que nous nous battons.
Quand le peuple nord-am�ricain a appris la v�rit�, 80 p. 100 ont soutenu l'enfant et sa famille, et jusqu'� 92 p. 100 chez les Afroam�ricains au moment d�cisif (applaudissements). Et �a, notre peuple ne l'oubliera jamais.
Je ne pr�tends pas pr�senter notre patrie comme un mod�le parfait d'�galit� et de justice. Nous croyions au d�but qu'en �tablissant l'�galit� la plus totale devant la loi et en ne tol�rant absolument aucune manifestation de discrimination sexuelle contre la femme ou raciale contre les minorit�s ethniques, tous ces ph�nom�nes dispara�traient de notre soci�t�. Nous avons mis du temps � d�couvrir, je vous le dis, que la marginalit�, entre autres la discrimination raciale, ne se supprime pas � coups de loi, ni de dix lois, et nous ne sommes pas parvenus � la supprimer totalement en quarante ans.
Notre justice n'appliquera jamais la loi selon des crit�res ethniques, mais nous avons d�couvert que les descendants d'esclaves, ceux qui vivaient dans les baraques de jadis, �taient les plus pauvres et continuaient de vivre, apr�s l'abolition de l'esclavage, aux endroits les plus pauvres.
Il existe des zones marginales, o� vivent des centaines de milliers de personnes, pas seulement des Noirs et des m�tis, mais encore des Blancs. La marginalisation des Blancs vient de la soci�t� ant�rieure. Je vous disais qu'une nouvelle �tape a commenc� dans notre pays. J'esp�re pouvoir vous parler un jour de ce que nous faisons et de la fa�on dont nous allons continuer de le faire.
Nous n'avons pas d'argent pour b�tir des logements pour tous les gens qui continuent de vivre dans des conditions qu'on pourrait dire marginales, mais nous avons bien d'autres id�es qui n'attendront pas les calendes grecques et gr�ce auxquelles notre peuple, uni et absolument juste, fera dispara�tre jusqu'aux derniers vestiges de marginalisation et de discrimination. Et je suis convaincu que nous y parviendrons, parce que les dirigeants de notre Union des jeunes communistes, de nos �tudiants et de notre peuple s'y consacrent aujourd'hui.
Je ne dis rien de plus. Je dis simplement que nous sommes conscients de la marginalisation encore existante dans notre pays, et que nous sommes absolument et r�solument d�cid�s � y mettre fin par les m�thodes qu'exigent ces ph�nom�nes, afin que notre peuple soit toujours plus uni et �galitaire (applaudissements).
Au nom de ma patrie, je vous promets de vous informer des r�sultats de nos efforts.
Quand les Nord-Am�ricains sont venus nous rendre visite � Cuba, ils nous ont donn� des renseignements sur les deux cas dont j'ai parl�, Sankofa et Mumia, des bonnes informations sur leurs vies et sur l'injustice commise contre eux. Nos tables rondes ont beaucoup contribu� � nous faire prendre conscience de la gravit� des faits. Il n'est pas honteux d'�tre pauvre, et on ne peut �tre honteux de la faute que l'on commet quand on est jeune ou adolescent : la honte, c'est qu'en ce si�cle qui commence, avec tous les progr�s techniques, alors que l'homme pr�tend m�me peupler la plan�te Mars, il y ait encore des enfants, des adolescents et des citoyens de notre plan�te � nous qui vivent encore comme des marginaux (applaudissements) et dans bien des pays, non seulement, marginaux, mais discrimin�s.
C'est tout ce que j'avais � dire. Reste cette petite feuille pour vous expliquer une nouvelle qui est apparue aujourd'hui, et dont le pasteur de l'�glise a parl�, la consid�rant comme un signe. Moi, il me semble incroyable que la chose la plus simple du monde puisse se convertir en une grande nouvelle. Je pensais que la grande nouvelle serait ce qu'il se passe dans le monde, les points discut�s au Sommet des Nations Unies, ce que nous devons faire pour sauver l'esp�ce humaine, et pas seulement l'Afrique. Car, au train o� vont les choses, ce ne sont pas seulement les Africains qui vont dispara�tre. Nous allons tous dispara�tre. Au train o� vont les choses, avec ces mod�les de consommation qui conduisent � la destruction des moyens de vie naturels, de l'atmosph�re, � la raret� et � la pollution de l'eau potable et des oc�ans, au changement climatique, aux catastrophes naturelles, � la pauvret�, aux diff�rences �normes et croissantes entre les pays et au sein des pays, on peut afirmer avec une pr�cision presque math�matique que l'ordre �conomique et social en place dans le monde est intenable. Alors, vous supposez que ces questions sont vraiment importantes. J'ai donc �t� surpris de constater que la grande nouvelle du jour, quasiment un scandale, avait �t� un fait absolument fortuit survenu aux Nations Unies. Si bien que j'ai d� r�diger avant de venir ici une petite note pour �claircir les faits. Je l'ai intitul� : "Le bonjour � Clinton". Je vous la lis.
"A la fin du d�jeuner offert par le secr�taire g�n�ral des Nations Unies une fois conclue la s�ance inaugurale du Sommet du mill�naire, nous avons tous re�u l'indication de nous rendre dans une pi�ce voisine pour la photo officielle. Nous nous y sommes donc rendus presque en file indienne, empruntant un passage �troit que laissaient les nombreuses tables. Soudain, � quatre m�tres devant moi, j'aper�ois Clinton en train de saluer plusieurs chefs d'Etat qui passaient devant lui. Il donnait la main par politesse � chacun d'entre eux. Je ne pouvais pas partir en courant pour �viter de passer par l� [bien mieux, je n'avais pas de place pour partir en courant (rires)], et lui non plus. �'aurait �t� de notre part une l�chet� honteuse. J'ai donc continu� de suivre les autre. Deux minutes plus tard, je suis arriv� devant lui. Comme tous les autres, je me suis arr�t� quelques secondes et, digne et poli, je l'ai salu� (applaudissements). Il a fait exactement comme moi, et j'ai suivi mon chemin. �'aurait �t� une extravagance et une impolitesse de faire autre chose. Tout a dur� moins de vingt secondes.
"Ce simple d�tail a vite �t� connu. De nombreux organes de presse en ont parl� d'un ton aimable. Des dizaines de rumeurs ont aussit�t couru. Des porte-parole de presse officiels pas tr�s bien inform�s en ont donn� des versions diff�rentes.
"La mafia de Miami [je ne parle pas de nombreux bons Cubains de Miami] est devenue hyst�rique. Selon elle, le pr�sident avait commis un grand crime. Le comble du fondamentalisme.
"Pour ma part, je me sens satisfait de mon attitude respectueuse et civilis� devant le pr�sident du pays si�ge du Sommet (applaudissements).
De nouvelles rumeurs, des informations officielles affirment aujourd'hui que je me suis rendu l� o� se trouvait le pr�sident. C'est bien inutile. Tout le monde sait qu'un Cubain digne n'implore jamais un salut ou un honneur.
J'ai termin�. Je vous demande pardon d'avoir �t� si prolixe.
Je vous remercie (applaudissements).