Entre 1907 et 1914, Pablo Picasso (1881-1973) et Georges Braque (1882-1963) inventent le cubisme. Puis leurs vies bifurquent. Ils ne se croiseront plus jamais. Picasso est, aujourd'hui, considéré comme le grand artiste du siècle et Braque, curieusement, se retrouve dans l'ombre du maître de Malaga. A Londres, une exposition de 52 huiles sur toile dresse le bilan de l'oeuvre des dernières années de Braque (1940-1963). Pendant la Seconde Guerre mondiale, le peintre se partage entre sa maison de Varengeville, en Normandie, et son atelier du parc Montsouris, à Paris. Le génie de la nature morte cubiste sort rarement de chez lui. Il travaille. Avec lui, les objets bougent, respirent. Les sujets - un lavabo, un poêle, un saucisson, une carafe ou un crâne - sont austères, mais les couleurs nous bouleversent. Le mélange du jaune citron avec du vermillon, du gris avec du violet, du noir avec du gris-vert réchauffe les coeurs. A la Libération, les recherches de Braque vont plus loin. Elles aboutissent à l'étonnante série des Billards, où un axe vertical cassé se brise entre des lignes, à quelques paysages du pays de Caux à la Van Gogh, au cycle des Ateliers, aux espaces parfaits, ou encore à une série d'Oiseaux qui semblent traverser le ciel de l'art moderne. Cet accrochage est la réhabilitation d'un artiste intellectuel, trop souvent seul. Rappelons que Ponge, Prévert, Reverdy, Char et Paulhan, ses rares amis, l'appelaient «le Patron».. * Royal Academy of Arts, Londres. Jusqu'au 6 avril. 35 et 50 F environ. Catalogue (Yale University Press): 160 F. Réservations de France: 01-49-95-08-06.
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