Couverture fascicule

Raul Hilberg La destruction Europe

[compte-rendu]

Année 1988 43-3 pp. 666-669
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Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Paris, Fayard, 1988, 1 100 p. « Le climat où je travaillais s'est profondément modifié », constate, en 1984, l'historien américain Raul Hilberg. Il préparait l'édition définitive de The Destruction of the European Jews. Ce chef- d'œuvre de l'historiographie du génocide

juif date de 1961. Le jeune Hilberg avait entamé ses recherches en 1948. Le sujet était alors « quasi-tabou » dans la recherche universitaire et paraissait « importun » aux maisons d'édition. Dans ces années d'indifférence, la France aussi avait ses pionniers. Ils n'ont pas bénéficié de l'évolution favorable des mentalités dont se réjouit aujourd'hui le professeur de l'Université du Vermont. Les rééditions successives de son œuvre monumentale attestent l'intérêt croissant du public pendant ce quart de siècle. La France en revanche ignora cet ouvrage de référence s'il en fut. L'œuvre de Raul Hilberg n'y fut jamais traduite ! Mais le public français n'aura donc plus à regretter sa longue patience. Désormais, avec ses compléments et rajouts inédits, c'est La destruction des Juifs d'Europe — en français ! — qui constitue l'édition de référence. Ses mille pages ne se prêtent pas à un résumé. L'ouvrage, long et complexe, vise à « rendre compte en totalité d'une entreprise qui fut totale ». Il explore « le mécanisme de la destruction dans son fonctionnement même ». Rien n'échappe à cette enquête « sur les structures profondes de l'événement ». Raul Hilberg l'interprète comme un « processus organisé, mis en œuvre par les bureaucrates qui commandaient un réseau administratif à l'échelle d'un continent ». La notion de « processus de destruction » ininterrompu constitue — avec ses limites — une grille d'interprétation fort instructive. En somme, le paramètre est tripolaire. Dans son modèle, Raul Hilberg privilégie le « rôle des fonctionnaires allemands », mais il ne néglige pas les autres variables : d'une part, « la communauté juive, prise au siège de cette prolifération hostile » et d'autre part, « le monde extérieur, qui, assistant au drame, en fut par là même un des participants ». Dans La destruction des Juifs d'Europe, ce modèle fonctionne dans un seul sens. Il est linéaire. Son schéma se construit sur un mode expansif, au sens physique du terme. La dynamique du modèle est conçue

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